Sainte Lysistrata - Robert Escarpit

By Robert Escarpit

Release Date: 1962-01-01

Genre: Fiction & Literature

(0 ratings)
Je voudrais donner sa chance Ă  ce roman. Pour peu qu’on sache que je fais dans l’humour, que je mange du curĂ© et du fasciste, que j’exerce Ă  Bordeaux, comme mon hĂ©ros principal, le mĂ©tier de professeur, je crains qu’on ne lise Sainte Lysistrata comme un livre d’humour, un pamphlet ou une autobiographie. Or c’est un roman que j’ai Ă©crit. De l’humour, bien sĂ»r, il y en a. L’humour est comme l’arsenic : on en trouve partout. Il suffit de connaĂźtre la chimie. Une petite ville girondine est Ă  cet Ă©gard passablement juteuse. Cependant attention en buvant : le suc que j’ai extrait contient aussi du vrai arsenic, et du fiel, et des larmes. Quant au pamphlet, un roman pousse oĂč il peut, comme un champignon. Le mien a poussĂ© sur mon Ă©poque. Lorsque l’on cueille un champignon, il est difficile d’ignorer l’odeur du fumier sur lequel il a pris naissance, mais cette odeur n’est peut-ĂȘtre pas l’essentiel du champignon quand on le mange. Reste l’autobiographie. Naturellement on ne cesse de se raconter, mais Ă©crire un roman n’est pas pour cela la meilleure mĂ©thode. Mon hĂ©ros n’est pas moi. Je l’ai placĂ© dans un cadre qui m’est familier, je lui ai donnĂ© certaines de mes coordonnĂ©es gĂ©ographiques et sociales prĂ©cisĂ©ment parce qu’il m’était plus facile ainsi de comprendre cet inconnu qui me hantait. J’ajoute que je n’ai pris - du moins consciemment - aucun de mes proches ni aucun de mes collĂšgues comme modĂšle. Il n’y a pas de clef Ă  ce roman. Je n’ai rien dit de Lysistrata elle-mĂȘme. Qu’en puis-je dire ? Dans mon livre elle a cinq visages. C’est peu pour une femme. Pour une sainte c’est sans doute trop. Robert Escarpit.

Sainte Lysistrata - Robert Escarpit

By Robert Escarpit

Release Date: 1962-01-01

Genre: Fiction & Literature

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Je voudrais donner sa chance Ă  ce roman. Pour peu qu’on sache que je fais dans l’humour, que je mange du curĂ© et du fasciste, que j’exerce Ă  Bordeaux, comme mon hĂ©ros principal, le mĂ©tier de professeur, je crains qu’on ne lise Sainte Lysistrata comme un livre d’humour, un pamphlet ou une autobiographie. Or c’est un roman que j’ai Ă©crit. De l’humour, bien sĂ»r, il y en a. L’humour est comme l’arsenic : on en trouve partout. Il suffit de connaĂźtre la chimie. Une petite ville girondine est Ă  cet Ă©gard passablement juteuse. Cependant attention en buvant : le suc que j’ai extrait contient aussi du vrai arsenic, et du fiel, et des larmes. Quant au pamphlet, un roman pousse oĂč il peut, comme un champignon. Le mien a poussĂ© sur mon Ă©poque. Lorsque l’on cueille un champignon, il est difficile d’ignorer l’odeur du fumier sur lequel il a pris naissance, mais cette odeur n’est peut-ĂȘtre pas l’essentiel du champignon quand on le mange. Reste l’autobiographie. Naturellement on ne cesse de se raconter, mais Ă©crire un roman n’est pas pour cela la meilleure mĂ©thode. Mon hĂ©ros n’est pas moi. Je l’ai placĂ© dans un cadre qui m’est familier, je lui ai donnĂ© certaines de mes coordonnĂ©es gĂ©ographiques et sociales prĂ©cisĂ©ment parce qu’il m’était plus facile ainsi de comprendre cet inconnu qui me hantait. J’ajoute que je n’ai pris - du moins consciemment - aucun de mes proches ni aucun de mes collĂšgues comme modĂšle. Il n’y a pas de clef Ă  ce roman. Je n’ai rien dit de Lysistrata elle-mĂȘme. Qu’en puis-je dire ? Dans mon livre elle a cinq visages. C’est peu pour une femme. Pour une sainte c’est sans doute trop. Robert Escarpit.

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