Je voudrais donner sa chance Ă ce roman. Pour peu quâon sache que je fais dans lâhumour, que je mange du curĂ© et du fasciste, que jâexerce Ă Bordeaux, comme mon hĂ©ros principal, le mĂ©tier de professeur, je crains quâon ne lise Sainte Lysistrata comme un livre dâhumour, un pamphlet ou une autobiographie. Or câest un roman que jâai Ă©crit. De lâhumour, bien sĂ»r, il y en a. Lâhumour est comme lâarsenic : on en trouve partout. Il suffit de connaĂźtre la chimie. Une petite ville girondine est Ă cet Ă©gard passablement juteuse. Cependant attention en buvant : le suc que jâai extrait contient aussi du vrai arsenic, et du fiel, et des larmes. Quant au pamphlet, un roman pousse oĂč il peut, comme un champignon. Le mien a poussĂ© sur mon Ă©poque. Lorsque lâon cueille un champignon, il est difficile dâignorer lâodeur du fumier sur lequel il a pris naissance, mais cette odeur nâest peut-ĂȘtre pas lâessentiel du champignon quand on le mange. Reste lâautobiographie. Naturellement on ne cesse de se raconter, mais Ă©crire un roman nâest pas pour cela la meilleure mĂ©thode. Mon hĂ©ros nâest pas moi. Je lâai placĂ© dans un cadre qui mâest familier, je lui ai donnĂ© certaines de mes coordonnĂ©es gĂ©ographiques et sociales prĂ©cisĂ©ment parce quâil mâĂ©tait plus facile ainsi de comprendre cet inconnu qui me hantait. Jâajoute que je nâai pris - du moins consciemment - aucun de mes proches ni aucun de mes collĂšgues comme modĂšle. Il nây a pas de clef Ă ce roman. Je nâai rien dit de Lysistrata elle-mĂȘme. Quâen puis-je dire ? Dans mon livre elle a cinq visages. Câest peu pour une femme. Pour une sainte câest sans doute trop. Robert Escarpit.
Je voudrais donner sa chance Ă ce roman. Pour peu quâon sache que je fais dans lâhumour, que je mange du curĂ© et du fasciste, que jâexerce Ă Bordeaux, comme mon hĂ©ros principal, le mĂ©tier de professeur, je crains quâon ne lise Sainte Lysistrata comme un livre dâhumour, un pamphlet ou une autobiographie. Or câest un roman que jâai Ă©crit. De lâhumour, bien sĂ»r, il y en a. Lâhumour est comme lâarsenic : on en trouve partout. Il suffit de connaĂźtre la chimie. Une petite ville girondine est Ă cet Ă©gard passablement juteuse. Cependant attention en buvant : le suc que jâai extrait contient aussi du vrai arsenic, et du fiel, et des larmes. Quant au pamphlet, un roman pousse oĂč il peut, comme un champignon. Le mien a poussĂ© sur mon Ă©poque. Lorsque lâon cueille un champignon, il est difficile dâignorer lâodeur du fumier sur lequel il a pris naissance, mais cette odeur nâest peut-ĂȘtre pas lâessentiel du champignon quand on le mange. Reste lâautobiographie. Naturellement on ne cesse de se raconter, mais Ă©crire un roman nâest pas pour cela la meilleure mĂ©thode. Mon hĂ©ros nâest pas moi. Je lâai placĂ© dans un cadre qui mâest familier, je lui ai donnĂ© certaines de mes coordonnĂ©es gĂ©ographiques et sociales prĂ©cisĂ©ment parce quâil mâĂ©tait plus facile ainsi de comprendre cet inconnu qui me hantait. Jâajoute que je nâai pris - du moins consciemment - aucun de mes proches ni aucun de mes collĂšgues comme modĂšle. Il nây a pas de clef Ă ce roman. Je nâai rien dit de Lysistrata elle-mĂȘme. Quâen puis-je dire ? Dans mon livre elle a cinq visages. Câest peu pour une femme. Pour une sainte câest sans doute trop. Robert Escarpit.