Sitt Marie-Rose a Ă©tĂ© prise dans le filet de la guerre civile libanaise. Elle a dirigĂ© une Ă©cole pour enfants handicapĂ©s. Elle a luttĂ© pour la justice sociale et pour la libĂ©ration de la femme arabe. Elle a rencontrĂ© sa mort sur un chemin de montagne. Elle a payĂ© de sa vie une situation oĂč les armes ont remplacĂ© le dialogue, dans ce qui apparaĂźtra un jour comme lâun des malentendus les plus tragiques de lâHistoire. Ce qu'ils en pensent : « ⊠Ce cĂ©rĂ©monial de la mise Ă mort de la Femme â le sens mĂ©tonymique fait que Marie-Rose incarne toutes les femmes â sâĂ©largit et devient celui de toutes les femmes sacrifiĂ©es Ă lâautel des hommes Ă travers lâhistoire. » Mona Takieddine Amyuni La violence monte de chaque mĂštre carrĂ© de terrain, comme si câĂ©tait dâune forĂȘt mĂ©tallique. La raison humaine apparaĂźt ces jours-ci comme un corps isolant, comme un pouvoir impuissant. La ville est un champ Ă©lectromagnĂ©tique auquel chacun veut sâembrancher. Ce nâest plus un lieu dâhabitation, câest un ĂȘtre qui ressemble Ă un train lancĂ©. La peur de la douleur la plus Ă©lĂ©mentaire mâempĂȘche de participer Ă cette bataille. Il y a des enlĂšvements quotidiens de passants et des tortures. Les femmes demeurent plus que jamais chez elles. Elles considĂšrent la guerre comme un rĂšglement de comptes entre hommes. La violence est absorbĂ©e comme un produit de consommation. Ce besoin de violence, je lâai compris un jour devant un fil Ă©lectrique arrachĂ© Ă sa prise : il restait dans les deux trous deux bouts de fils de cuivre brillants, et je dirais presque que je les entendais mâappeler, et je voulais absolument les toucher, les rĂ©unir dans ma main, faire passer cette Ă©lectrocution dans mon corps, pour voir ce que câĂ©tait que de brĂ»ler. Je nây ai rĂ©sistĂ© quâavec une difficultĂ© inouĂŻe. Cet appel de la violence, tout un pays est en train dây rĂ©pondre sans rĂ©serve. Le plaisir de tuer, avec toutes les justifications quâon a pu lui trouver, sâĂ©panouit. Sur les barricades quâon appelle aussi des barrages, comme sâil fallait en mĂȘme temps retenir le poids de la colĂšre du quartier et empĂȘcher lâennemi dâentrer, des jeunes qui nâont mĂȘme pas convenablement couchĂ© avec une fille exhibent leurs chemises couvertes de sang, ou se promĂšnent dans des voitures sur lesquelles des Ă©claboussures rouges nâont pas Ă©tĂ© lavĂ©es. Au contraire. La semaine a passĂ© dans le calcul des cadavres. Un cessez-le-feu semble devoir ĂȘtre acceptĂ© par toutes les parties. Mais ce samedi soir, incendie, sabotage, câest le port qui brĂ»le. Alors sort sur son balcon lâhĂ©ritiĂšre des cargaisons dâalcools. Sa maison est en face des flammes. Le port fait partie de sa lĂ©gende. Elle essaye, de sa terrasse parallĂšle Ă la mer, dâappeler les pompiers. Mais le port brĂ»le jusquâĂ sept heures du matin.
Sitt Marie-Rose a Ă©tĂ© prise dans le filet de la guerre civile libanaise. Elle a dirigĂ© une Ă©cole pour enfants handicapĂ©s. Elle a luttĂ© pour la justice sociale et pour la libĂ©ration de la femme arabe. Elle a rencontrĂ© sa mort sur un chemin de montagne. Elle a payĂ© de sa vie une situation oĂč les armes ont remplacĂ© le dialogue, dans ce qui apparaĂźtra un jour comme lâun des malentendus les plus tragiques de lâHistoire. Ce qu'ils en pensent : « ⊠Ce cĂ©rĂ©monial de la mise Ă mort de la Femme â le sens mĂ©tonymique fait que Marie-Rose incarne toutes les femmes â sâĂ©largit et devient celui de toutes les femmes sacrifiĂ©es Ă lâautel des hommes Ă travers lâhistoire. » Mona Takieddine Amyuni La violence monte de chaque mĂštre carrĂ© de terrain, comme si câĂ©tait dâune forĂȘt mĂ©tallique. La raison humaine apparaĂźt ces jours-ci comme un corps isolant, comme un pouvoir impuissant. La ville est un champ Ă©lectromagnĂ©tique auquel chacun veut sâembrancher. Ce nâest plus un lieu dâhabitation, câest un ĂȘtre qui ressemble Ă un train lancĂ©. La peur de la douleur la plus Ă©lĂ©mentaire mâempĂȘche de participer Ă cette bataille. Il y a des enlĂšvements quotidiens de passants et des tortures. Les femmes demeurent plus que jamais chez elles. Elles considĂšrent la guerre comme un rĂšglement de comptes entre hommes. La violence est absorbĂ©e comme un produit de consommation. Ce besoin de violence, je lâai compris un jour devant un fil Ă©lectrique arrachĂ© Ă sa prise : il restait dans les deux trous deux bouts de fils de cuivre brillants, et je dirais presque que je les entendais mâappeler, et je voulais absolument les toucher, les rĂ©unir dans ma main, faire passer cette Ă©lectrocution dans mon corps, pour voir ce que câĂ©tait que de brĂ»ler. Je nây ai rĂ©sistĂ© quâavec une difficultĂ© inouĂŻe. Cet appel de la violence, tout un pays est en train dây rĂ©pondre sans rĂ©serve. Le plaisir de tuer, avec toutes les justifications quâon a pu lui trouver, sâĂ©panouit. Sur les barricades quâon appelle aussi des barrages, comme sâil fallait en mĂȘme temps retenir le poids de la colĂšre du quartier et empĂȘcher lâennemi dâentrer, des jeunes qui nâont mĂȘme pas convenablement couchĂ© avec une fille exhibent leurs chemises couvertes de sang, ou se promĂšnent dans des voitures sur lesquelles des Ă©claboussures rouges nâont pas Ă©tĂ© lavĂ©es. Au contraire. La semaine a passĂ© dans le calcul des cadavres. Un cessez-le-feu semble devoir ĂȘtre acceptĂ© par toutes les parties. Mais ce samedi soir, incendie, sabotage, câest le port qui brĂ»le. Alors sort sur son balcon lâhĂ©ritiĂšre des cargaisons dâalcools. Sa maison est en face des flammes. Le port fait partie de sa lĂ©gende. Elle essaye, de sa terrasse parallĂšle Ă la mer, dâappeler les pompiers. Mais le port brĂ»le jusquâĂ sept heures du matin.