Sitt Marie Rose - Etel Adnan

By Etel Adnan

Release Date: 2012-12-20

Genre: Fiction & Literature

(0 ratings)
Sitt Marie-Rose a Ă©tĂ© prise dans le filet de la guerre civile libanaise. Elle a dirigĂ© une Ă©cole pour enfants handicapĂ©s. Elle a luttĂ© pour la justice sociale et pour la libĂ©ration de la femme arabe. Elle a rencontrĂ© sa mort sur un chemin de montagne. Elle a payĂ© de sa vie une situation oĂč les armes ont remplacĂ© le dialogue, dans ce qui apparaĂźtra un jour comme l’un des malentendus les plus tragiques de l’Histoire.

Ce qu'ils en pensent :

« 
 Ce cĂ©rĂ©monial de la mise Ă  mort de la Femme – le sens mĂ©tonymique fait que Marie-Rose incarne toutes les femmes – s’élargit et devient celui de toutes les femmes sacrifiĂ©es Ă  l’autel des hommes Ă  travers l’histoire. » 
Mona Takieddine Amyuni 

La violence monte de chaque mĂštre carrĂ© de terrain, comme si c’était d’une forĂȘt mĂ©tallique. La raison humaine apparaĂźt ces jours-ci comme un corps isolant, comme un pouvoir impuissant. La ville est un champ Ă©lectromagnĂ©tique auquel chacun veut s’embrancher. Ce n’est plus un lieu d’habitation, c’est un ĂȘtre qui ressemble Ă  un train lancĂ©. La peur de la douleur la plus Ă©lĂ©mentaire m’empĂȘche de participer Ă  cette bataille. Il y a des enlĂšvements quotidiens de passants et des tortures. Les femmes demeurent plus que jamais chez elles. Elles considĂšrent la guerre comme un rĂšglement de comptes entre hommes. La violence est absorbĂ©e comme un produit de consommation. Ce besoin de violence, je l’ai compris un jour devant un fil Ă©lectrique arrachĂ© Ă  sa prise : il restait dans les deux trous deux bouts de fils de cuivre brillants, et je dirais presque que je les entendais m’appeler, et je voulais absolument les toucher, les rĂ©unir dans ma main, faire passer cette Ă©lectrocution dans mon corps, pour voir ce que c’était que de brĂ»ler. Je n’y ai rĂ©sistĂ© qu’avec une difficultĂ© inouĂŻe.
Cet appel de la violence, tout un pays est en train d’y rĂ©pondre sans rĂ©serve. Le plaisir de tuer, avec toutes les justifications qu’on a pu lui trouver, s’épanouit. Sur les barricades qu’on appelle aussi des barrages, comme s’il fallait en mĂȘme temps retenir le poids de la colĂšre du quartier et empĂȘcher l’ennemi d’entrer, des jeunes qui n’ont mĂȘme pas convenablement couchĂ© avec une fille exhibent leurs chemises couvertes de sang, ou se promĂšnent dans des voitures sur lesquelles des Ă©claboussures rouges n’ont pas Ă©tĂ© lavĂ©es. Au contraire. 
La semaine a passĂ© dans le calcul des cadavres. Un cessez-le-feu semble devoir ĂȘtre acceptĂ© par toutes les parties. Mais ce samedi soir, incendie, sabotage, c’est le port qui brĂ»le. Alors sort sur son balcon l’hĂ©ritiĂšre des cargaisons d’alcools. Sa maison est en face des flammes. Le port fait partie de sa lĂ©gende. Elle essaye, de sa terrasse parallĂšle Ă  la mer, d’appeler les pompiers. Mais le port brĂ»le jusqu’à sept heures du matin.

Sitt Marie Rose - Etel Adnan

By Etel Adnan

Release Date: 2012-12-20

Genre: Fiction & Literature

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Sitt Marie-Rose a Ă©tĂ© prise dans le filet de la guerre civile libanaise. Elle a dirigĂ© une Ă©cole pour enfants handicapĂ©s. Elle a luttĂ© pour la justice sociale et pour la libĂ©ration de la femme arabe. Elle a rencontrĂ© sa mort sur un chemin de montagne. Elle a payĂ© de sa vie une situation oĂč les armes ont remplacĂ© le dialogue, dans ce qui apparaĂźtra un jour comme l’un des malentendus les plus tragiques de l’Histoire.

Ce qu'ils en pensent :

« 
 Ce cĂ©rĂ©monial de la mise Ă  mort de la Femme – le sens mĂ©tonymique fait que Marie-Rose incarne toutes les femmes – s’élargit et devient celui de toutes les femmes sacrifiĂ©es Ă  l’autel des hommes Ă  travers l’histoire. » 
Mona Takieddine Amyuni 

La violence monte de chaque mĂštre carrĂ© de terrain, comme si c’était d’une forĂȘt mĂ©tallique. La raison humaine apparaĂźt ces jours-ci comme un corps isolant, comme un pouvoir impuissant. La ville est un champ Ă©lectromagnĂ©tique auquel chacun veut s’embrancher. Ce n’est plus un lieu d’habitation, c’est un ĂȘtre qui ressemble Ă  un train lancĂ©. La peur de la douleur la plus Ă©lĂ©mentaire m’empĂȘche de participer Ă  cette bataille. Il y a des enlĂšvements quotidiens de passants et des tortures. Les femmes demeurent plus que jamais chez elles. Elles considĂšrent la guerre comme un rĂšglement de comptes entre hommes. La violence est absorbĂ©e comme un produit de consommation. Ce besoin de violence, je l’ai compris un jour devant un fil Ă©lectrique arrachĂ© Ă  sa prise : il restait dans les deux trous deux bouts de fils de cuivre brillants, et je dirais presque que je les entendais m’appeler, et je voulais absolument les toucher, les rĂ©unir dans ma main, faire passer cette Ă©lectrocution dans mon corps, pour voir ce que c’était que de brĂ»ler. Je n’y ai rĂ©sistĂ© qu’avec une difficultĂ© inouĂŻe.
Cet appel de la violence, tout un pays est en train d’y rĂ©pondre sans rĂ©serve. Le plaisir de tuer, avec toutes les justifications qu’on a pu lui trouver, s’épanouit. Sur les barricades qu’on appelle aussi des barrages, comme s’il fallait en mĂȘme temps retenir le poids de la colĂšre du quartier et empĂȘcher l’ennemi d’entrer, des jeunes qui n’ont mĂȘme pas convenablement couchĂ© avec une fille exhibent leurs chemises couvertes de sang, ou se promĂšnent dans des voitures sur lesquelles des Ă©claboussures rouges n’ont pas Ă©tĂ© lavĂ©es. Au contraire. 
La semaine a passĂ© dans le calcul des cadavres. Un cessez-le-feu semble devoir ĂȘtre acceptĂ© par toutes les parties. Mais ce samedi soir, incendie, sabotage, c’est le port qui brĂ»le. Alors sort sur son balcon l’hĂ©ritiĂšre des cargaisons d’alcools. Sa maison est en face des flammes. Le port fait partie de sa lĂ©gende. Elle essaye, de sa terrasse parallĂšle Ă  la mer, d’appeler les pompiers. Mais le port brĂ»le jusqu’à sept heures du matin.

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