"Jadis, enfant, lorsque l'ĂtĂ© rĂ©sonne et sent et palpite de partout, mon corps en mĂȘme temps que mon moi commence de s'y circonscrire et donc de le former : le "bonheur" de vivre, d'Ă©prouver, de prĂ©voir dĂ©jĂ , le dĂ©membre, tout de ce corps Ă©clate, les neurones vont vers ce qui les sollicite, les zones de sensation se dĂ©tachent presque en blocs qui se posent aux quatre coins du paysage, aux quatre coins de la CrĂ©ation. Ou bien, c'est la fusion avec le monde, ma disparition dans tout ce qui me touche, que je vois, et dans tout ce que je ne vois pas encore. Sans doute ne puis-je alors supporter de n'ĂȘtre qu'un seul moi devant tous ces autres moi et d'ĂȘtre immobile dans cet espace oĂč l'on saute, s'Ă©lance, s'envole... PlutĂŽt mourir (comme peut "mourir" un enfant) que de ne pas ĂȘtre multiple, voire multiple jusqu'Ă l'infini. Quelle douleur aussi de ne pouvoir se partager, ĂȘtre, soi, partagĂ©, comme un festin par tout ce qu'on dĂ©sire manger, par toutes les sensations, par tous les ĂȘtres : cette dĂ©pouille dĂ©chiquetĂ©e de petit animal par terre c'est moi... si ce pouvait ĂȘtre moi !" RĂ©cit lumineux d'une crise artistique et spirituelle et de ses prĂ©mices dans l'enfance du narrateur, Coma nous entraĂźne jusqu'aux confins de l'au-delĂ et nous fait entrevoir une nouvelle naissance. La confiance dans le monde, fondement de l'acte poĂ©tique et de l'acte de vivre, enchante ce rĂ©cit initiatique, qui Ă©claire l'Ćuvre faite et Ă venir de Pierre Guyotat.
"Jadis, enfant, lorsque l'ĂtĂ© rĂ©sonne et sent et palpite de partout, mon corps en mĂȘme temps que mon moi commence de s'y circonscrire et donc de le former : le "bonheur" de vivre, d'Ă©prouver, de prĂ©voir dĂ©jĂ , le dĂ©membre, tout de ce corps Ă©clate, les neurones vont vers ce qui les sollicite, les zones de sensation se dĂ©tachent presque en blocs qui se posent aux quatre coins du paysage, aux quatre coins de la CrĂ©ation. Ou bien, c'est la fusion avec le monde, ma disparition dans tout ce qui me touche, que je vois, et dans tout ce que je ne vois pas encore. Sans doute ne puis-je alors supporter de n'ĂȘtre qu'un seul moi devant tous ces autres moi et d'ĂȘtre immobile dans cet espace oĂč l'on saute, s'Ă©lance, s'envole... PlutĂŽt mourir (comme peut "mourir" un enfant) que de ne pas ĂȘtre multiple, voire multiple jusqu'Ă l'infini. Quelle douleur aussi de ne pouvoir se partager, ĂȘtre, soi, partagĂ©, comme un festin par tout ce qu'on dĂ©sire manger, par toutes les sensations, par tous les ĂȘtres : cette dĂ©pouille dĂ©chiquetĂ©e de petit animal par terre c'est moi... si ce pouvait ĂȘtre moi !" RĂ©cit lumineux d'une crise artistique et spirituelle et de ses prĂ©mices dans l'enfance du narrateur, Coma nous entraĂźne jusqu'aux confins de l'au-delĂ et nous fait entrevoir une nouvelle naissance. La confiance dans le monde, fondement de l'acte poĂ©tique et de l'acte de vivre, enchante ce rĂ©cit initiatique, qui Ă©claire l'Ćuvre faite et Ă venir de Pierre Guyotat.