« Je voudrais que cette biographie soit lâhistoire du corps de Paul Verlaine, le rĂ©cit des dangers auxquels il ne cesse de lâexposer et du prix fort auquel il lui faut les payer. Vivre, câest dâabord, câest avant tout se dĂ©truire. Il nâest dâexistence possible que dans sa dĂ©construction acharnĂ©e, que dans le vertige de la chute. En somme, je dĂ©sirerais mettre un terme Ă lâentreprise si typique de la critique verlainienne qui consiste Ă protĂ©ger la pure inspiration poĂ©tique de lâindigne pourceau qui en est miraculeusement habitĂ©, Ă mettre la sublime quintessence de lâĆuvre Ă lâabri des infamies et des trivialitĂ©s de la vie. Il suffit vraiment. Il est grand temps dâopĂ©rer un radical renversement. Chez Paul Verlaine, le corps nâest pas lâobstacle Ă vaincre, Ă dĂ©passer, Ă transcender, il est au contraire la seule mesure possible, lâunique instrument dâexpĂ©rimentation, lâirremplaçable laboratoire du travail poĂ©tique. Si une nouvelle biographie de Verlaine se rĂ©vĂšle Ă lâheure actuelle indispensable, câest prĂ©cisĂ©ment afin de raconter lâhistoire de son corps : se demander, par exemple, comment le naufrage corporel est indissociable dâune violente rĂ©incarnation physique et sexuelle de sa poĂ©tique, dâabord si Ă©thĂ©rĂ©e. Ou encore pourquoi lâhĂŽpital devient chez lui le site privilĂ©giĂ© de la crĂ©ation poĂ©tique comme lâĂ©tait la pure nature chez les romantiques ». Alain Buisine
« Je voudrais que cette biographie soit lâhistoire du corps de Paul Verlaine, le rĂ©cit des dangers auxquels il ne cesse de lâexposer et du prix fort auquel il lui faut les payer. Vivre, câest dâabord, câest avant tout se dĂ©truire. Il nâest dâexistence possible que dans sa dĂ©construction acharnĂ©e, que dans le vertige de la chute. En somme, je dĂ©sirerais mettre un terme Ă lâentreprise si typique de la critique verlainienne qui consiste Ă protĂ©ger la pure inspiration poĂ©tique de lâindigne pourceau qui en est miraculeusement habitĂ©, Ă mettre la sublime quintessence de lâĆuvre Ă lâabri des infamies et des trivialitĂ©s de la vie. Il suffit vraiment. Il est grand temps dâopĂ©rer un radical renversement. Chez Paul Verlaine, le corps nâest pas lâobstacle Ă vaincre, Ă dĂ©passer, Ă transcender, il est au contraire la seule mesure possible, lâunique instrument dâexpĂ©rimentation, lâirremplaçable laboratoire du travail poĂ©tique. Si une nouvelle biographie de Verlaine se rĂ©vĂšle Ă lâheure actuelle indispensable, câest prĂ©cisĂ©ment afin de raconter lâhistoire de son corps : se demander, par exemple, comment le naufrage corporel est indissociable dâune violente rĂ©incarnation physique et sexuelle de sa poĂ©tique, dâabord si Ă©thĂ©rĂ©e. Ou encore pourquoi lâhĂŽpital devient chez lui le site privilĂ©giĂ© de la crĂ©ation poĂ©tique comme lâĂ©tait la pure nature chez les romantiques ». Alain Buisine