Lettres persanes - Montesquieu

By Montesquieu

Release Date: 2017-02-24

Genre: Fiction & Literature

(0 ratings)
Sous couvert d’une Ɠuvre plaisante, apparemment frivole, Montesquieu ose la satire et dĂ©nonce !

Les Lettres persanes sont une fantaisie littĂ©raire et philosophique, Ă©crite sous forme Ă©pistolaire, par Montesquieu. PubliĂ©es anonymement en 1721, elles connaissent un succĂšs Ă©tourdissant, jamais dĂ©menti, qui ouvre Ă  leur auteur les portes de l’AcadĂ©mie Française en 1727.
Dans le goĂ»t de son temps, l’histoire met en scĂšne deux Persans mahomĂ©tans, Rica et Usbek, qui visitent l’Europe, s’écrivent, et Ă©crivent Ă  leurs amis restĂ©s en Perse. Les Lettres s’échelonnent de fĂ©vrier 1711 au commencement de 1720. ArrivĂ©s Ă  Paris au terme du rĂšgne interminable, surtout vers la fin, du Roi Soleil, ils la quittent dans l’effervescence crapuleuse des premiers temps de la RĂ©gence.

Éblouis, surpris, Ă©bahis, atterrĂ©s, ils ne cessent d’échanger entre eux et avec leurs amis sur cette vie occidentale qu’ils dĂ©couvrent avec la curiositĂ© avide du voyageur Ă©clairĂ©. Chaque Ă©tonnement, chaque commentaire donne vie Ă  un tableau de mƓurs sans Ă©quivalent, mais aussi Ă  une critique virulente des institutions politiques et religieuses. Avec prudence, Montesquieu commence par se moquer des travers de ses contemporains ; puis, il s’interroge, usant du mĂȘme ton faussement ingĂ©nu, sur la monarchie française, la justice ou le Pape ; enfin, il polĂ©mique sur des sujets historiques et sociologiques comme la dĂ©mographie ou les faits Ă©conomiques.

C’est lĂ  toute la force des Lettres persanes. Sous couvert d’une Ɠuvre plaisante, apparemment frivole, Montesquieu ose ! Il ose la satire de mƓurs qui n’est pas sans rappeler La BruyĂšre ; il ose la contestation radicale des dogmes qui annonce Voltaire. Il ose dĂ©noncer les institutions comme responsables de la corruption sociale, thĂšse plus tard dĂ©veloppĂ©e par Rousseau.
Eh oui, dans ce petit livre plein de malice, il y a beaucoup de finesse, de science et de rĂ©flexion. Et il y a aussi deux Persans, plongĂ©s dans un monde qu’ils ne comprennent pas toujours, et qu’un sĂ©jour prolongĂ© en Europe va rendre moins dociles Ă  l’égard de leurs propres croyances et institutions.

Les Lettres persanes sont en pleine rĂ©sonance avec l’actualitĂ© et, si Montesquieu ne l’avait pas prĂ©vu, c’est une raison de plus de les lire !

EXTRAIT

Le roi de France est le plus puissant prince de l'Europe. Il n'a point de mines d'or, comme le roi d'Espagne son voisin ; mais il a plus de richesses que lui, parce qu'il les tire de la vanité de ses sujets, plus inépuisable que les mines. On lui a vu entreprendre ou soutenir de grandes guerres, n'ayant d'autres fonds que des titres d'honneur à vendre ; et, par un prodige de l'orgueil humain, ses troupes se trouvaient payées, ses places munies, et ses flottes équipées.

D'ailleurs, ce roi est un grand magicien : il exerce son empire sur l'esprit mĂȘme de ses sujets ; il les fait penser comme il veut. S'il n'a qu'un million d'Ă©cus dans son trĂ©sor, et qu'il en ait besoin de deux, il n'a qu'Ă  leur persuader qu'un Ă©cu en vaut deux ; et ils le croient. S'il a une guerre difficile Ă  soutenir, et qu'il n'ait point d'argent, il n'a qu'Ă  leur mettre dans la tĂȘte qu'un morceau de papier est de l'argent ; et ils en sont aussitĂŽt convaincus. Il va mĂȘme jusqu'Ă  leur faire croire qu'il les guĂ©rit de toutes sortes de maux, en les touchant, tant est grande la force et la puissance qu'il a sur les esprits.

Lettres persanes - Montesquieu

By Montesquieu

Release Date: 2017-02-24

Genre: Fiction & Literature

(0 ratings)
Sous couvert d’une Ɠuvre plaisante, apparemment frivole, Montesquieu ose la satire et dĂ©nonce !

Les Lettres persanes sont une fantaisie littĂ©raire et philosophique, Ă©crite sous forme Ă©pistolaire, par Montesquieu. PubliĂ©es anonymement en 1721, elles connaissent un succĂšs Ă©tourdissant, jamais dĂ©menti, qui ouvre Ă  leur auteur les portes de l’AcadĂ©mie Française en 1727.
Dans le goĂ»t de son temps, l’histoire met en scĂšne deux Persans mahomĂ©tans, Rica et Usbek, qui visitent l’Europe, s’écrivent, et Ă©crivent Ă  leurs amis restĂ©s en Perse. Les Lettres s’échelonnent de fĂ©vrier 1711 au commencement de 1720. ArrivĂ©s Ă  Paris au terme du rĂšgne interminable, surtout vers la fin, du Roi Soleil, ils la quittent dans l’effervescence crapuleuse des premiers temps de la RĂ©gence.

Éblouis, surpris, Ă©bahis, atterrĂ©s, ils ne cessent d’échanger entre eux et avec leurs amis sur cette vie occidentale qu’ils dĂ©couvrent avec la curiositĂ© avide du voyageur Ă©clairĂ©. Chaque Ă©tonnement, chaque commentaire donne vie Ă  un tableau de mƓurs sans Ă©quivalent, mais aussi Ă  une critique virulente des institutions politiques et religieuses. Avec prudence, Montesquieu commence par se moquer des travers de ses contemporains ; puis, il s’interroge, usant du mĂȘme ton faussement ingĂ©nu, sur la monarchie française, la justice ou le Pape ; enfin, il polĂ©mique sur des sujets historiques et sociologiques comme la dĂ©mographie ou les faits Ă©conomiques.

C’est lĂ  toute la force des Lettres persanes. Sous couvert d’une Ɠuvre plaisante, apparemment frivole, Montesquieu ose ! Il ose la satire de mƓurs qui n’est pas sans rappeler La BruyĂšre ; il ose la contestation radicale des dogmes qui annonce Voltaire. Il ose dĂ©noncer les institutions comme responsables de la corruption sociale, thĂšse plus tard dĂ©veloppĂ©e par Rousseau.
Eh oui, dans ce petit livre plein de malice, il y a beaucoup de finesse, de science et de rĂ©flexion. Et il y a aussi deux Persans, plongĂ©s dans un monde qu’ils ne comprennent pas toujours, et qu’un sĂ©jour prolongĂ© en Europe va rendre moins dociles Ă  l’égard de leurs propres croyances et institutions.

Les Lettres persanes sont en pleine rĂ©sonance avec l’actualitĂ© et, si Montesquieu ne l’avait pas prĂ©vu, c’est une raison de plus de les lire !

EXTRAIT

Le roi de France est le plus puissant prince de l'Europe. Il n'a point de mines d'or, comme le roi d'Espagne son voisin ; mais il a plus de richesses que lui, parce qu'il les tire de la vanité de ses sujets, plus inépuisable que les mines. On lui a vu entreprendre ou soutenir de grandes guerres, n'ayant d'autres fonds que des titres d'honneur à vendre ; et, par un prodige de l'orgueil humain, ses troupes se trouvaient payées, ses places munies, et ses flottes équipées.

D'ailleurs, ce roi est un grand magicien : il exerce son empire sur l'esprit mĂȘme de ses sujets ; il les fait penser comme il veut. S'il n'a qu'un million d'Ă©cus dans son trĂ©sor, et qu'il en ait besoin de deux, il n'a qu'Ă  leur persuader qu'un Ă©cu en vaut deux ; et ils le croient. S'il a une guerre difficile Ă  soutenir, et qu'il n'ait point d'argent, il n'a qu'Ă  leur mettre dans la tĂȘte qu'un morceau de papier est de l'argent ; et ils en sont aussitĂŽt convaincus. Il va mĂȘme jusqu'Ă  leur faire croire qu'il les guĂ©rit de toutes sortes de maux, en les touchant, tant est grande la force et la puissance qu'il a sur les esprits.

More by Montesquieu

Related Articles