Il faut quelque audace aujourd'hui pour rappeler la clameur de Valmy, car _ Ă droite comme Ă gauche _ il n'est pas politiquement correct de parler de la nation (on prĂ©fĂšre invoquer la RĂ©publique): Ă l'heure de Maastricht, ce serait une idĂ©e dĂ©passĂ©e. On craint aussi et surtout de faire Ă©cho aux slogans des nationalistes Ă propos de l'immigration.C'est justement pour ne pas laisser cette idĂ©e-force aux mains de l'extrĂȘme droite dans une conjoncture lourde de dangers qu'Yves Lacoste a entrepris une approche nouvelle de l'idĂ©e de nation.C'est une idĂ©e gĂ©opolitique parce qu'elle pose _ en France et ailleurs _ des problĂšmes de territoire, de langue, de pouvoir; elle s'est transformĂ©e depuis deux siĂšcles en fonction des rivalitĂ©s de la droite et de la gauche et des points de vue que l'on porte sur l'histoire. Il existe plusieurs visions implicites de la nation, et il faut tenir compte des diffĂ©rents courants identitaires, notamment de la prĂ©sence de quatre millions de musulmans: ils sont pour la plupart nĂ©s en France et eux aussi parlent le français.C'est parce que s'accĂ©lĂšrent les effets de la mondialisation et que se mettent en place les pouvoirs financiers de l'Union europĂ©enne, mais aussi parce que s'aggravent les phĂ©nomĂšnes d'exclusion et que se propagent des mouvements xĂ©nophobes qu'il est plus que jamais nĂ©cessaire de se soucier de la nation. Il est urgent qu'une conception historique Ă©volutive l'emporte sur des slogans dangereux pour la dĂ©mocratie et le dĂ©veloppement de notre pays. Le destin de cette idĂ©e gĂ©opolitique fondamentale qu'est la nation n'est assurĂ©ment pas terminĂ©.Yves Lacoste, gĂ©ographe, spĂ©cialiste de gĂ©opolitique, est professeur Ă l'universitĂ© de Paris-VIII. Il est le fondateur et le directeur d'HĂ©rodote, revue de gĂ©ographie et de gĂ©opolitique, et a dirigĂ© les trois volumes de GĂ©opolitiques des rĂ©gions française (Fayard, 1986).
Il faut quelque audace aujourd'hui pour rappeler la clameur de Valmy, car _ Ă droite comme Ă gauche _ il n'est pas politiquement correct de parler de la nation (on prĂ©fĂšre invoquer la RĂ©publique): Ă l'heure de Maastricht, ce serait une idĂ©e dĂ©passĂ©e. On craint aussi et surtout de faire Ă©cho aux slogans des nationalistes Ă propos de l'immigration.C'est justement pour ne pas laisser cette idĂ©e-force aux mains de l'extrĂȘme droite dans une conjoncture lourde de dangers qu'Yves Lacoste a entrepris une approche nouvelle de l'idĂ©e de nation.C'est une idĂ©e gĂ©opolitique parce qu'elle pose _ en France et ailleurs _ des problĂšmes de territoire, de langue, de pouvoir; elle s'est transformĂ©e depuis deux siĂšcles en fonction des rivalitĂ©s de la droite et de la gauche et des points de vue que l'on porte sur l'histoire. Il existe plusieurs visions implicites de la nation, et il faut tenir compte des diffĂ©rents courants identitaires, notamment de la prĂ©sence de quatre millions de musulmans: ils sont pour la plupart nĂ©s en France et eux aussi parlent le français.C'est parce que s'accĂ©lĂšrent les effets de la mondialisation et que se mettent en place les pouvoirs financiers de l'Union europĂ©enne, mais aussi parce que s'aggravent les phĂ©nomĂšnes d'exclusion et que se propagent des mouvements xĂ©nophobes qu'il est plus que jamais nĂ©cessaire de se soucier de la nation. Il est urgent qu'une conception historique Ă©volutive l'emporte sur des slogans dangereux pour la dĂ©mocratie et le dĂ©veloppement de notre pays. Le destin de cette idĂ©e gĂ©opolitique fondamentale qu'est la nation n'est assurĂ©ment pas terminĂ©.Yves Lacoste, gĂ©ographe, spĂ©cialiste de gĂ©opolitique, est professeur Ă l'universitĂ© de Paris-VIII. Il est le fondateur et le directeur d'HĂ©rodote, revue de gĂ©ographie et de gĂ©opolitique, et a dirigĂ© les trois volumes de GĂ©opolitiques des rĂ©gions française (Fayard, 1986).