L'argent, mode d'emploi - Paul Jorion

By Paul Jorion

Release Date: 2009-10-28

Genre: Social Science

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L'argent joue dans la crise que nous traversons un rĂŽle central : l’hypertrophie de la finance a fait que l’économie financiĂšre, l’économie de l’argent, a pris la place de l’économie productive, l’économie des marchandises classiques. Des grandes puissances comme les États-Unis et la Grande-Bretagne se sont spĂ©cialisĂ©es dans le service financier, c’est-Ă -dire dans la manipulation de l’argent. L’argent est devenu durant la deuxiĂšme moitiĂ© du XXe siĂšcle la principale marchandise faisant l’objet d’un commerce. Alors que la crise financiĂšre progressait, des sommes gigantesques se sont dissipĂ©es en fumĂ©e. On disait en mars 2009 qu’elle avait entraĂźnĂ© la destruction de 37.000 milliards de dollars de richesse nominale. Qu’est-ce que cela signifie ? Cela veut dire que certains ont prĂȘtĂ© 37 « trillions » Ă  d’autres qui ne pourront pas les leur rendre. Une richesse que l’on imaginait ĂȘtre lĂ  ne rĂ©pondra pas Ă  l’appel. La surprise est gĂ©nĂ©rale : ceux qui placent leur argent se sont si bien faits Ă  l’idĂ©e que d’autres produiront de la richesse Ă  l’aide de ces sommes, que le fait que l’argent non seulement reviendra vers ceux qui l’ont prĂȘtĂ©, mais aussi qu’il rapportera, c’est-Ă -dire qu’il aura grossi entre-temps a acquis pour eux le statut de loi naturelle et leur Ă©tonnement est entier quand les choses ne se passent pas comme ils l’avaient initialement prĂ©vu. Un autre question que l’on se pose Ă  propos de l’argent, c’est s’il est possible ou non de lui assigner rationnellement une place « juste » ou si la rĂ©ponse Ă  cette question rĂ©sulte toujours d’un choix idĂ©ologique, c’est-Ă -dire un choix fondĂ© sur une reprĂ©sentation de la sociĂ©tĂ© qu’il est impossible de justifier autrement que par une prĂ©fĂ©rence personnelle en fin de compte arbitraire. Or il existe selon moi une place juste pour l’argent qui est de revenir Ă  ceux qui crĂ©ent la richesse dont il est le reflet. Est-ce lĂ  une vue idĂ©ologique ? Si l’on entend par « idĂ©ologique » non pas ce qui relĂšve d’un modĂšle particulier de sociĂ©tĂ©, mais selon la dĂ©finition du mot dans la langue de tous les jours oĂč il signifie « qui remet les choses radicalement en question », alors oui : la rĂ©ponse est bien idĂ©ologique, parce que l’on s’est habituĂ© au fil des siĂšcles Ă  l’idĂ©e que l’argent aille par prioritĂ© Ă  ceux qui le possĂšdent dĂ©jĂ  : les investisseurs ou « capitalistes », qui prĂȘtent l’argent qu’ils ont en trop en Ă©change d’intĂ©rĂȘts ou de dividendes (c’est la mĂȘme chose) et aux dirigeants d’entreprises qui emploient des salariĂ©s qui sont eux les authentiques travailleurs, c’est-Ă -dire les authentiques crĂ©ateurs de richesse.

L'argent, mode d'emploi - Paul Jorion

By Paul Jorion

Release Date: 2009-10-28

Genre: Social Science

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L'argent joue dans la crise que nous traversons un rĂŽle central : l’hypertrophie de la finance a fait que l’économie financiĂšre, l’économie de l’argent, a pris la place de l’économie productive, l’économie des marchandises classiques. Des grandes puissances comme les États-Unis et la Grande-Bretagne se sont spĂ©cialisĂ©es dans le service financier, c’est-Ă -dire dans la manipulation de l’argent. L’argent est devenu durant la deuxiĂšme moitiĂ© du XXe siĂšcle la principale marchandise faisant l’objet d’un commerce. Alors que la crise financiĂšre progressait, des sommes gigantesques se sont dissipĂ©es en fumĂ©e. On disait en mars 2009 qu’elle avait entraĂźnĂ© la destruction de 37.000 milliards de dollars de richesse nominale. Qu’est-ce que cela signifie ? Cela veut dire que certains ont prĂȘtĂ© 37 « trillions » Ă  d’autres qui ne pourront pas les leur rendre. Une richesse que l’on imaginait ĂȘtre lĂ  ne rĂ©pondra pas Ă  l’appel. La surprise est gĂ©nĂ©rale : ceux qui placent leur argent se sont si bien faits Ă  l’idĂ©e que d’autres produiront de la richesse Ă  l’aide de ces sommes, que le fait que l’argent non seulement reviendra vers ceux qui l’ont prĂȘtĂ©, mais aussi qu’il rapportera, c’est-Ă -dire qu’il aura grossi entre-temps a acquis pour eux le statut de loi naturelle et leur Ă©tonnement est entier quand les choses ne se passent pas comme ils l’avaient initialement prĂ©vu. Un autre question que l’on se pose Ă  propos de l’argent, c’est s’il est possible ou non de lui assigner rationnellement une place « juste » ou si la rĂ©ponse Ă  cette question rĂ©sulte toujours d’un choix idĂ©ologique, c’est-Ă -dire un choix fondĂ© sur une reprĂ©sentation de la sociĂ©tĂ© qu’il est impossible de justifier autrement que par une prĂ©fĂ©rence personnelle en fin de compte arbitraire. Or il existe selon moi une place juste pour l’argent qui est de revenir Ă  ceux qui crĂ©ent la richesse dont il est le reflet. Est-ce lĂ  une vue idĂ©ologique ? Si l’on entend par « idĂ©ologique » non pas ce qui relĂšve d’un modĂšle particulier de sociĂ©tĂ©, mais selon la dĂ©finition du mot dans la langue de tous les jours oĂč il signifie « qui remet les choses radicalement en question », alors oui : la rĂ©ponse est bien idĂ©ologique, parce que l’on s’est habituĂ© au fil des siĂšcles Ă  l’idĂ©e que l’argent aille par prioritĂ© Ă  ceux qui le possĂšdent dĂ©jĂ  : les investisseurs ou « capitalistes », qui prĂȘtent l’argent qu’ils ont en trop en Ă©change d’intĂ©rĂȘts ou de dividendes (c’est la mĂȘme chose) et aux dirigeants d’entreprises qui emploient des salariĂ©s qui sont eux les authentiques travailleurs, c’est-Ă -dire les authentiques crĂ©ateurs de richesse.

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