Dans l'imaginaire masculin, disons aux confins de ses fantasmes et aux trĂ©fonds de ses pulsions, l'Amour aura toujours une saveur interdite. D'une obscĂ©nitĂ© sans limite, de sentiments extravagants en tendresse lubrique, L'Anti-Justine nous dĂ©voile toute la passion de Nicolas Edme Restif de La Bretonne pour l'inceste, son fĂ©tichisme pour les petits pieds (Ă voir Le Pied de Fanchette, ou le Soulier couleur de rose) mais avant tout sa soif de luxure, omniprĂ©sente tout au long du rĂ©cit. Chef-dâĆuvre de la littĂ©rature Ă©rotique paru en 1798, L'Anti-Justine, ou les DĂ©lices de l'amour est immoral Ă souhait, tout en charme et voluptĂ©. Manipulateur aux passions dĂ©vorantes, lâĂ©crivain nous entraĂźne Ă sa suite au cĆur d'un univers dĂ©bauchĂ©, entre gouffres Ă luxure et cavernes dĂ©sirĂ©es. « Personne n'a Ă©tĂ© plus indignĂ© que moi des sales ouvrages de l'infĂąme de Sade que je lis dans ma prison. Ce scĂ©lĂ©rat ne prĂ©sente les dĂ©lices de lâamour, pour les hommes, quâaccompagnĂ©es de tourments, de la mort mĂȘme, pour les femmes. »... Tels furent les propos houleux de la prĂ©face de Restif alors quâil sâautoproclamait parfait opposĂ© de son contemporain, le Marquis de Sade. Alors que de Sade, homme de lettres, philosophe, romancier et rĂ©volutionnaire, prĂŽnait l'Ă©rotisme associĂ© Ă des actes impunis de violence de par Justine, Aline, le Boudoir, la ThĂ©orie du Libertinage, Restif, investigateur de projets de rĂ©forme sociale et Ă©crivain Ă la plume libĂ©rĂ©e et provocatrice, le contredisait via La Famille vertueuse, Lucile, ou le ProgrĂšs de la vertu, ou encore Le Pornographe. Câest ainsi que le libertin de la RĂ©volution française remplaça la Justine du Marquis par son Anti-Justine. Le roman se dut dĂšs lors de surpasser l'autre en voluptĂ© tout en lui cĂ©dant en cruautĂ©, lâidĂ©e de Restif restant de prĂ©senter le couple et lâamour comme quelque chose de beau, « exempt de scrupules et de prĂ©jugĂ©s » pour reprendre ses mots. En rĂ©ponse Ă cette « attaque » rĂ©digĂ©e en toute impunitĂ©, de Sade, alors incarcĂ©rĂ© Ă Vincennes, ordonna Ă son Ă©pouse de ne surtout rien acheter de Restif, « auteur de Pont-Neuf et de BibliothĂšque bleue ». Personnage phare de l'Ćuvre du Marquis, Justine lâaccompagna en tous les cas tout au long de sa vie. Tout autant que la rĂ©putation de « monstre » que son dĂ©tracteur aimait Ă lui prĂȘter dâailleurs. Si bien quâavec le temps, il laissa Ă©tonnamment sous-entendre Ă son avocat quâil la reniait, cette Justine trop corrompue pour ĂȘtre lue par la dĂ©cence mĂȘme... Quâen est-il alors de lâĂ©poque actuelle ? Que nous inspirent dĂ©sormais les Ă©crits sadiens et pensĂ©es de Restif ? Sommes-nous plus indulgents face aux bassesses et inconvenances, plus tolĂ©rants face Ă la vulgaritĂ© et autres trivialitĂ©s dĂ©coulant de la sexualitĂ© bestiale, du plaisir charnel « sans les rĂšgles de l'art » ? SâintĂ©resser aux deux Justine demeure donc intĂ©ressant pour qui dĂ©sire se faire sa propre opinion sur la question. Mais au-delĂ de « dĂ©sirer se faire sa propre opinion », il y a « dĂ©sirer » tout court. Et lâhomme dĂ©sire... Lasse des femmes trop frigides, dĂ©nuĂ©es de sensualitĂ© ou pudiques Ă l'extrĂȘme, la gente masculine nĂ©cessite dâattiser ses attraits inavouables de par la lecture, les films ou encore les bande-dessinĂ©es. Si l'on ne peut exprimer ses envies de luxure, son besoin d'intense passion et de fĂ©roce dĂ©bauche, alors qui le fera Ă notre place si nul ne prend la plume, ne filme l'infilmable, ou ne dessine d'honteuses courbes aphrodisiaques, sources de nos rougissements et palpitations cardiaques ? Personne. Un conseil alors : lisez Restif et vous verrez la sexualitĂ© autrement, entre orgasme retenu et jouissance partagĂ©e, entre exaltation des sens et plaisir consommĂ©. Un...
Dans l'imaginaire masculin, disons aux confins de ses fantasmes et aux trĂ©fonds de ses pulsions, l'Amour aura toujours une saveur interdite. D'une obscĂ©nitĂ© sans limite, de sentiments extravagants en tendresse lubrique, L'Anti-Justine nous dĂ©voile toute la passion de Nicolas Edme Restif de La Bretonne pour l'inceste, son fĂ©tichisme pour les petits pieds (Ă voir Le Pied de Fanchette, ou le Soulier couleur de rose) mais avant tout sa soif de luxure, omniprĂ©sente tout au long du rĂ©cit. Chef-dâĆuvre de la littĂ©rature Ă©rotique paru en 1798, L'Anti-Justine, ou les DĂ©lices de l'amour est immoral Ă souhait, tout en charme et voluptĂ©. Manipulateur aux passions dĂ©vorantes, lâĂ©crivain nous entraĂźne Ă sa suite au cĆur d'un univers dĂ©bauchĂ©, entre gouffres Ă luxure et cavernes dĂ©sirĂ©es. « Personne n'a Ă©tĂ© plus indignĂ© que moi des sales ouvrages de l'infĂąme de Sade que je lis dans ma prison. Ce scĂ©lĂ©rat ne prĂ©sente les dĂ©lices de lâamour, pour les hommes, quâaccompagnĂ©es de tourments, de la mort mĂȘme, pour les femmes. »... Tels furent les propos houleux de la prĂ©face de Restif alors quâil sâautoproclamait parfait opposĂ© de son contemporain, le Marquis de Sade. Alors que de Sade, homme de lettres, philosophe, romancier et rĂ©volutionnaire, prĂŽnait l'Ă©rotisme associĂ© Ă des actes impunis de violence de par Justine, Aline, le Boudoir, la ThĂ©orie du Libertinage, Restif, investigateur de projets de rĂ©forme sociale et Ă©crivain Ă la plume libĂ©rĂ©e et provocatrice, le contredisait via La Famille vertueuse, Lucile, ou le ProgrĂšs de la vertu, ou encore Le Pornographe. Câest ainsi que le libertin de la RĂ©volution française remplaça la Justine du Marquis par son Anti-Justine. Le roman se dut dĂšs lors de surpasser l'autre en voluptĂ© tout en lui cĂ©dant en cruautĂ©, lâidĂ©e de Restif restant de prĂ©senter le couple et lâamour comme quelque chose de beau, « exempt de scrupules et de prĂ©jugĂ©s » pour reprendre ses mots. En rĂ©ponse Ă cette « attaque » rĂ©digĂ©e en toute impunitĂ©, de Sade, alors incarcĂ©rĂ© Ă Vincennes, ordonna Ă son Ă©pouse de ne surtout rien acheter de Restif, « auteur de Pont-Neuf et de BibliothĂšque bleue ». Personnage phare de l'Ćuvre du Marquis, Justine lâaccompagna en tous les cas tout au long de sa vie. Tout autant que la rĂ©putation de « monstre » que son dĂ©tracteur aimait Ă lui prĂȘter dâailleurs. Si bien quâavec le temps, il laissa Ă©tonnamment sous-entendre Ă son avocat quâil la reniait, cette Justine trop corrompue pour ĂȘtre lue par la dĂ©cence mĂȘme... Quâen est-il alors de lâĂ©poque actuelle ? Que nous inspirent dĂ©sormais les Ă©crits sadiens et pensĂ©es de Restif ? Sommes-nous plus indulgents face aux bassesses et inconvenances, plus tolĂ©rants face Ă la vulgaritĂ© et autres trivialitĂ©s dĂ©coulant de la sexualitĂ© bestiale, du plaisir charnel « sans les rĂšgles de l'art » ? SâintĂ©resser aux deux Justine demeure donc intĂ©ressant pour qui dĂ©sire se faire sa propre opinion sur la question. Mais au-delĂ de « dĂ©sirer se faire sa propre opinion », il y a « dĂ©sirer » tout court. Et lâhomme dĂ©sire... Lasse des femmes trop frigides, dĂ©nuĂ©es de sensualitĂ© ou pudiques Ă l'extrĂȘme, la gente masculine nĂ©cessite dâattiser ses attraits inavouables de par la lecture, les films ou encore les bande-dessinĂ©es. Si l'on ne peut exprimer ses envies de luxure, son besoin d'intense passion et de fĂ©roce dĂ©bauche, alors qui le fera Ă notre place si nul ne prend la plume, ne filme l'infilmable, ou ne dessine d'honteuses courbes aphrodisiaques, sources de nos rougissements et palpitations cardiaques ? Personne. Un conseil alors : lisez Restif et vous verrez la sexualitĂ© autrement, entre orgasme retenu et jouissance partagĂ©e, entre exaltation des sens et plaisir consommĂ©. Un...