Le Prince - Nicolas Machiavel

By Nicolas Machiavel

Release Date: 2012-04-11

Genre: Psychology

(0 ratings)
Le Prince est une vĂ©ritable aberration philosophico-littĂ©raire. D’abord parce que ce n’est pas de la philosophie, Ă  proprement parler. Celle qu’aiment les fabricants de concepts, les universitaires de haut vol ou les intellectuels Ă  chemise blanche. En effet Machiavel rĂ©dige un « portrait de prince », genre littĂ©raire de la Renaissance, oĂč l’auteur adressait un certain nombre de conseils Ă  un Prince dans un horizon verteux : le bien, l’honnĂȘte, le juste, la tempĂ©rance... autant de valeurs idĂ©ales auxquelles l’impĂ©trant roi se devait de faire allĂ©geance.

Mais, Ă  cette Ă©poque, ce n’est pas parce que c’est « littĂ©raire » que c’est de la littĂ©rature au sens oĂč nous l’entendons. Jadis, le mot dĂ©signait toute production Ă©crite - litterae - en latin. Soyons clairs : au XXIe siĂšcle ce livre se verrait Ă©vincĂ© des grands Ă©diteurs, rejetĂ© par les distributeurs et mĂ©prisĂ© des libraires. Sans parler des lecteurs, pour qui la dimension pratique de l’ouvrage serait un motif suffisant de dĂ©dain. Qui plus est Ă  un roi. Imaginez un recueil de conseils retords et tordus, adressĂ© Ă  Chirac, Sarkozy, ou Hollande, les invitant Ă  la cruautĂ©, la malice, la force et le volontĂ© de puissance...

La derniĂšre aberration, c’est que Machiavel semble, d’aprĂšs la tradition, l’homme d’un seul livre. Le Prince... de Machiavel. Machiavel ou l’auteur du Prince. La pĂ©riphrase semble quasi-homĂ©rique, une Ă©pithĂšte de nature... et pourtant Machiavel est un polygraphe de talent. PoĂ©sies, théùtre, rĂ©cits de voyage, rĂ©flexions sur l’histoire, histoires florentines, art de la guerre, rapport de diplomatie, critique littĂ©raire. Rien ne semble lui avoir Ă©chappĂ©. Cette réédition est une invite Ă  dĂ©couvrir Machiavel et son Ɠuvre et non Machiavel et son Prince.

Enfin, ce qui donne une ultime valeur Ă  cet inclassable traitĂ©, c’est qu’il rĂ©active toute une philosophie qui ne sera jamais Ă  la mode : celle des sophistes, celle des adversaires de Platon, celle des « prostituĂ©s du savoir », comme les nommera avec tendresse XĂ©nophon. On peut comprendre les rĂ©actions vives : Il n’y a rien Ă  sauver chez Machiavel. Tout n’est que feinte, ruse, manigance, combines, assassinats, complots ourdis ou dĂ©jouĂ©s. Force, violence, cruautĂ©, intelligence... occasion et fortune, chance et hasard. Le monde de CallicĂšs, la loi du plus fort.

Des gĂ©nĂ©rations de philosophes ont voulu la slavation du penseur. Rousseau y vit un prĂ©curseur rĂ©publicain, presque dĂ©mocrate. On lui emboĂźta la pas. La mal Ă©tait fait. L’humble vĂ©ritĂ©, la jouissive rĂ©vĂ©lation, est que Machiavel est irrĂ©cupĂ©rable. Pour cette raison lĂ , il est urgent de le lire.

Ce texte reprend l’édition du traducteur Jean-Vincent PĂ©riĂšs en 1825.

Avis aux lecteurs Ă  la bonne conscience : ne pas lire ce livre.

Le Prince - Nicolas Machiavel

By Nicolas Machiavel

Release Date: 2012-04-11

Genre: Psychology

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Le Prince est une vĂ©ritable aberration philosophico-littĂ©raire. D’abord parce que ce n’est pas de la philosophie, Ă  proprement parler. Celle qu’aiment les fabricants de concepts, les universitaires de haut vol ou les intellectuels Ă  chemise blanche. En effet Machiavel rĂ©dige un « portrait de prince », genre littĂ©raire de la Renaissance, oĂč l’auteur adressait un certain nombre de conseils Ă  un Prince dans un horizon verteux : le bien, l’honnĂȘte, le juste, la tempĂ©rance... autant de valeurs idĂ©ales auxquelles l’impĂ©trant roi se devait de faire allĂ©geance.

Mais, Ă  cette Ă©poque, ce n’est pas parce que c’est « littĂ©raire » que c’est de la littĂ©rature au sens oĂč nous l’entendons. Jadis, le mot dĂ©signait toute production Ă©crite - litterae - en latin. Soyons clairs : au XXIe siĂšcle ce livre se verrait Ă©vincĂ© des grands Ă©diteurs, rejetĂ© par les distributeurs et mĂ©prisĂ© des libraires. Sans parler des lecteurs, pour qui la dimension pratique de l’ouvrage serait un motif suffisant de dĂ©dain. Qui plus est Ă  un roi. Imaginez un recueil de conseils retords et tordus, adressĂ© Ă  Chirac, Sarkozy, ou Hollande, les invitant Ă  la cruautĂ©, la malice, la force et le volontĂ© de puissance...

La derniĂšre aberration, c’est que Machiavel semble, d’aprĂšs la tradition, l’homme d’un seul livre. Le Prince... de Machiavel. Machiavel ou l’auteur du Prince. La pĂ©riphrase semble quasi-homĂ©rique, une Ă©pithĂšte de nature... et pourtant Machiavel est un polygraphe de talent. PoĂ©sies, théùtre, rĂ©cits de voyage, rĂ©flexions sur l’histoire, histoires florentines, art de la guerre, rapport de diplomatie, critique littĂ©raire. Rien ne semble lui avoir Ă©chappĂ©. Cette réédition est une invite Ă  dĂ©couvrir Machiavel et son Ɠuvre et non Machiavel et son Prince.

Enfin, ce qui donne une ultime valeur Ă  cet inclassable traitĂ©, c’est qu’il rĂ©active toute une philosophie qui ne sera jamais Ă  la mode : celle des sophistes, celle des adversaires de Platon, celle des « prostituĂ©s du savoir », comme les nommera avec tendresse XĂ©nophon. On peut comprendre les rĂ©actions vives : Il n’y a rien Ă  sauver chez Machiavel. Tout n’est que feinte, ruse, manigance, combines, assassinats, complots ourdis ou dĂ©jouĂ©s. Force, violence, cruautĂ©, intelligence... occasion et fortune, chance et hasard. Le monde de CallicĂšs, la loi du plus fort.

Des gĂ©nĂ©rations de philosophes ont voulu la slavation du penseur. Rousseau y vit un prĂ©curseur rĂ©publicain, presque dĂ©mocrate. On lui emboĂźta la pas. La mal Ă©tait fait. L’humble vĂ©ritĂ©, la jouissive rĂ©vĂ©lation, est que Machiavel est irrĂ©cupĂ©rable. Pour cette raison lĂ , il est urgent de le lire.

Ce texte reprend l’édition du traducteur Jean-Vincent PĂ©riĂšs en 1825.

Avis aux lecteurs Ă  la bonne conscience : ne pas lire ce livre.

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