Le Prince est une vĂ©ritable aberration philosophico-littĂ©raire. Dâabord parce que ce nâest pas de la philosophie, Ă proprement parler. Celle quâaiment les fabricants de concepts, les universitaires de haut vol ou les intellectuels Ă chemise blanche. En effet Machiavel rĂ©dige un « portrait de prince », genre littĂ©raire de la Renaissance, oĂč lâauteur adressait un certain nombre de conseils Ă un Prince dans un horizon verteux : le bien, lâhonnĂȘte, le juste, la tempĂ©rance... autant de valeurs idĂ©ales auxquelles lâimpĂ©trant roi se devait de faire allĂ©geance. Mais, Ă cette Ă©poque, ce nâest pas parce que câest « littĂ©raire » que câest de la littĂ©rature au sens oĂč nous lâentendons. Jadis, le mot dĂ©signait toute production Ă©crite - litterae - en latin. Soyons clairs : au XXIe siĂšcle ce livre se verrait Ă©vincĂ© des grands Ă©diteurs, rejetĂ© par les distributeurs et mĂ©prisĂ© des libraires. Sans parler des lecteurs, pour qui la dimension pratique de lâouvrage serait un motif suffisant de dĂ©dain. Qui plus est Ă un roi. Imaginez un recueil de conseils retords et tordus, adressĂ© Ă Chirac, Sarkozy, ou Hollande, les invitant Ă la cruautĂ©, la malice, la force et le volontĂ© de puissance... La derniĂšre aberration, câest que Machiavel semble, dâaprĂšs la tradition, lâhomme dâun seul livre. Le Prince... de Machiavel. Machiavel ou lâauteur du Prince. La pĂ©riphrase semble quasi-homĂ©rique, une Ă©pithĂšte de nature... et pourtant Machiavel est un polygraphe de talent. PoĂ©sies, théùtre, rĂ©cits de voyage, rĂ©flexions sur lâhistoire, histoires florentines, art de la guerre, rapport de diplomatie, critique littĂ©raire. Rien ne semble lui avoir Ă©chappĂ©. Cette réédition est une invite Ă dĂ©couvrir Machiavel et son Ćuvre et non Machiavel et son Prince. Enfin, ce qui donne une ultime valeur Ă cet inclassable traitĂ©, câest quâil rĂ©active toute une philosophie qui ne sera jamais Ă la mode : celle des sophistes, celle des adversaires de Platon, celle des « prostituĂ©s du savoir », comme les nommera avec tendresse XĂ©nophon. On peut comprendre les rĂ©actions vives : Il nây a rien Ă sauver chez Machiavel. Tout nâest que feinte, ruse, manigance, combines, assassinats, complots ourdis ou dĂ©jouĂ©s. Force, violence, cruautĂ©, intelligence... occasion et fortune, chance et hasard. Le monde de CallicĂšs, la loi du plus fort. Des gĂ©nĂ©rations de philosophes ont voulu la slavation du penseur. Rousseau y vit un prĂ©curseur rĂ©publicain, presque dĂ©mocrate. On lui emboĂźta la pas. La mal Ă©tait fait. Lâhumble vĂ©ritĂ©, la jouissive rĂ©vĂ©lation, est que Machiavel est irrĂ©cupĂ©rable. Pour cette raison lĂ , il est urgent de le lire. Ce texte reprend lâĂ©dition du traducteur Jean-Vincent PĂ©riĂšs en 1825. Avis aux lecteurs Ă la bonne conscience : ne pas lire ce livre.
Le Prince est une vĂ©ritable aberration philosophico-littĂ©raire. Dâabord parce que ce nâest pas de la philosophie, Ă proprement parler. Celle quâaiment les fabricants de concepts, les universitaires de haut vol ou les intellectuels Ă chemise blanche. En effet Machiavel rĂ©dige un « portrait de prince », genre littĂ©raire de la Renaissance, oĂč lâauteur adressait un certain nombre de conseils Ă un Prince dans un horizon verteux : le bien, lâhonnĂȘte, le juste, la tempĂ©rance... autant de valeurs idĂ©ales auxquelles lâimpĂ©trant roi se devait de faire allĂ©geance. Mais, Ă cette Ă©poque, ce nâest pas parce que câest « littĂ©raire » que câest de la littĂ©rature au sens oĂč nous lâentendons. Jadis, le mot dĂ©signait toute production Ă©crite - litterae - en latin. Soyons clairs : au XXIe siĂšcle ce livre se verrait Ă©vincĂ© des grands Ă©diteurs, rejetĂ© par les distributeurs et mĂ©prisĂ© des libraires. Sans parler des lecteurs, pour qui la dimension pratique de lâouvrage serait un motif suffisant de dĂ©dain. Qui plus est Ă un roi. Imaginez un recueil de conseils retords et tordus, adressĂ© Ă Chirac, Sarkozy, ou Hollande, les invitant Ă la cruautĂ©, la malice, la force et le volontĂ© de puissance... La derniĂšre aberration, câest que Machiavel semble, dâaprĂšs la tradition, lâhomme dâun seul livre. Le Prince... de Machiavel. Machiavel ou lâauteur du Prince. La pĂ©riphrase semble quasi-homĂ©rique, une Ă©pithĂšte de nature... et pourtant Machiavel est un polygraphe de talent. PoĂ©sies, théùtre, rĂ©cits de voyage, rĂ©flexions sur lâhistoire, histoires florentines, art de la guerre, rapport de diplomatie, critique littĂ©raire. Rien ne semble lui avoir Ă©chappĂ©. Cette réédition est une invite Ă dĂ©couvrir Machiavel et son Ćuvre et non Machiavel et son Prince. Enfin, ce qui donne une ultime valeur Ă cet inclassable traitĂ©, câest quâil rĂ©active toute une philosophie qui ne sera jamais Ă la mode : celle des sophistes, celle des adversaires de Platon, celle des « prostituĂ©s du savoir », comme les nommera avec tendresse XĂ©nophon. On peut comprendre les rĂ©actions vives : Il nây a rien Ă sauver chez Machiavel. Tout nâest que feinte, ruse, manigance, combines, assassinats, complots ourdis ou dĂ©jouĂ©s. Force, violence, cruautĂ©, intelligence... occasion et fortune, chance et hasard. Le monde de CallicĂšs, la loi du plus fort. Des gĂ©nĂ©rations de philosophes ont voulu la slavation du penseur. Rousseau y vit un prĂ©curseur rĂ©publicain, presque dĂ©mocrate. On lui emboĂźta la pas. La mal Ă©tait fait. Lâhumble vĂ©ritĂ©, la jouissive rĂ©vĂ©lation, est que Machiavel est irrĂ©cupĂ©rable. Pour cette raison lĂ , il est urgent de le lire. Ce texte reprend lâĂ©dition du traducteur Jean-Vincent PĂ©riĂšs en 1825. Avis aux lecteurs Ă la bonne conscience : ne pas lire ce livre.