AprĂšs Venise et ses fastes rococos, la cour de Vienne Ă lâĂ©poque de Porpora et de Haydn, câest au terrible FrĂ©dĂ©ric II de Prusse que sâaffronte Ă prĂ©sent Consuelo, la petite tsigane qui nâa que sa voix pour fortune. Elle connaĂźtra les prisons de ce despote qui se prĂ©tend le protecteur des arts, bravera mille dangers, et se retrouvera enfin dans sa chĂšre BohĂȘme, prĂšs du comte Albert de Rudolstadt â Ă la fois lâami, lâamant mystique, lâĂ©poux⊠et son initiateur aux mystĂšres de la fraternitĂ© des Invisibles. Les esprits cartĂ©siens pourront toujours rejeter cette apothĂ©ose en forme dâhymne Ă la Nuit, si proche par le climat, par lâharmonie voudrait-on dire, de La FlĂ»te enchantĂ©e de Mozart ! La romanciĂšre a beau y dĂ©velopper les thĂ©ories du surprenant Pierre Leroux, apĂŽtre malheureux de la « religion de lâHumanitĂ© », ce ne sont pas les idĂ©es qui comptent ici, mais tel appel aux forces obscures qui commandent en secret Ă la poĂ©sie, Ă lâart â et peut-ĂȘtre Ă la vie. On songe aux grandes pages de Goethe (Alain nâhĂ©sitait pas Ă voir dans La Comtesse de Rudolstadt le Wilhelm Meister qui manquait au romantisme français) mais plus encore Ă Hoffmann, celui des Ălixirs du Diable â musicien lui aussi. Consuelo va sauver Albert-Lucifer de la folie oĂč il a failli sombrer⊠mais perdra sa voix. Albert renonce Ă toute gloire, part avec elle sur le grand chemin. La petite BohĂ©mienne venue de nulle part, fille de personne, sans attaches et sans avoir, sans autre projet que dâĂȘtre droitement elle-mĂȘme sur les sentiers tortueux de la vie, sera, on le devine, lâAntigone de cet Oedipe Ă©garĂ© tout prĂšs de la vĂ©ritĂ©.
AprĂšs Venise et ses fastes rococos, la cour de Vienne Ă lâĂ©poque de Porpora et de Haydn, câest au terrible FrĂ©dĂ©ric II de Prusse que sâaffronte Ă prĂ©sent Consuelo, la petite tsigane qui nâa que sa voix pour fortune. Elle connaĂźtra les prisons de ce despote qui se prĂ©tend le protecteur des arts, bravera mille dangers, et se retrouvera enfin dans sa chĂšre BohĂȘme, prĂšs du comte Albert de Rudolstadt â Ă la fois lâami, lâamant mystique, lâĂ©poux⊠et son initiateur aux mystĂšres de la fraternitĂ© des Invisibles. Les esprits cartĂ©siens pourront toujours rejeter cette apothĂ©ose en forme dâhymne Ă la Nuit, si proche par le climat, par lâharmonie voudrait-on dire, de La FlĂ»te enchantĂ©e de Mozart ! La romanciĂšre a beau y dĂ©velopper les thĂ©ories du surprenant Pierre Leroux, apĂŽtre malheureux de la « religion de lâHumanitĂ© », ce ne sont pas les idĂ©es qui comptent ici, mais tel appel aux forces obscures qui commandent en secret Ă la poĂ©sie, Ă lâart â et peut-ĂȘtre Ă la vie. On songe aux grandes pages de Goethe (Alain nâhĂ©sitait pas Ă voir dans La Comtesse de Rudolstadt le Wilhelm Meister qui manquait au romantisme français) mais plus encore Ă Hoffmann, celui des Ălixirs du Diable â musicien lui aussi. Consuelo va sauver Albert-Lucifer de la folie oĂč il a failli sombrer⊠mais perdra sa voix. Albert renonce Ă toute gloire, part avec elle sur le grand chemin. La petite BohĂ©mienne venue de nulle part, fille de personne, sans attaches et sans avoir, sans autre projet que dâĂȘtre droitement elle-mĂȘme sur les sentiers tortueux de la vie, sera, on le devine, lâAntigone de cet Oedipe Ă©garĂ© tout prĂšs de la vĂ©ritĂ©.