Noces de Mantoue - Marie Cosnay

By Marie Cosnay

Release Date: 2012-02-12

Genre: Fiction & Literature

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Texte Ă©trange que ce livre de Marie Cosnay - on attire l’attention sur cette Ă©trangetĂ© en suggĂ©rant entre parenthĂšses qu’il pourrait s’agir d’un « (conte) » - texte fou, aimerais-je dire, au sens oĂč une folie divine, de celles qui inspiraient les suivantes de Dionysos, anime l’hĂ©roĂŻne d’un rĂ©cit Ă©clatĂ© et fragmentaire dont toute la force insolite vient prĂ©cisĂ©ment de son inachĂšvement comme aussi du caractĂšre onirique de la plupart des situations et des actes qui le traversent.

Cette hĂ©roĂŻne n’a pas de nom, elle est « elle » ; souvent elle est prĂ©sentĂ©e du point de vue de ceux qu’elle croise, qui l’escortent, qu’elle aime dans de fugitives Ă©treintes, ou qui la pourchassent ; mais aussi on l’entend souvent parler en son nom, parler ses rĂȘves, ses angoisses, lĂącher par bribes des lambeaux d’une histoire tragique qui l’obsĂšde.

Elle n’a pas de nom, certes, et pourtant, au tournant d’une phrase [2], l’air de rien, elle est dite « la folle, la MĂ©nade, courant les collines, la rĂ©gion ».
La rĂ©fĂ©rence mythologique, si frĂ©quente chez Cosnay, que les tragiques grecs, qu’elle traduit, hante toujours, apparente bien la fugitive aux Bacchantes, aux suivantes de Dionysos.

Et pourtant il y a bien un ancrage dans le rĂ©el, un effet de rĂ©el, dans ce livre qui suit longtemps la voie conforme d’un roman policier, avec cadavres mutilĂ©s, recherches d’indices, commissaire de police, doutes et errance d’une enquĂȘte qui n’aboutit pas, dont la coupable prĂ©sumĂ©e est la MĂ©nade, qui toujours Ă©chappe ; il donne des dates, inscrit le rĂ©cit dans le temps, le nĂŽtre, entre 2007 et 2008, prĂ©cise les lieux, le Palais du TĂ©, les environs de Mantoue, les Alpes proches qu’il a fallu traverser, les lacs, donne des noms propres aux autres acteurs de l’histoire...

Il y a bien aussi un passĂ© du personnage, des drames, de ceux que seule une famille peut inventer, incestes, prostitution, tout cet « impardonnĂ© impardonnable » [3] qui fonde les interdits et les nĂ©vroses et sans doute aussi la malĂ©diction, « combien de haines l’une aprĂšs l’autre calculĂ©es(...), pour en arriver lĂ  – une famille en somme. » [4] Ces thĂšmes sont rĂ©currents dans les livres de Cosnay.

Cela dit, ces marqueurs banals d’une enquĂȘte policiĂšre, ces quelques clĂ©s discrĂštes pour une « psychologie » de l’hĂ©roĂŻne n’auraient pas de vĂ©ritable intĂ©rĂȘt hors de la dimension fantastique qui donne au livre son identitĂ©, sa vraie saveur : les lieux eux-mĂȘmes du reste sont pleins d’étrangetĂ© et d’énigmes, ne serait-ce que ce Palais du TĂ© sur lequel travaille, comme architecte, Remi, l’amant, l’ami, le plus fidĂšle ; palais construit au dĂ©but du 16Ăšme siĂšcle sur l’üle Tejeto, au milieu d’un lac, avec ses fresques aux scĂšnes mythologiques (banquet olympien, salle des gĂ©ants, des chevaux), et ses grottes, ses Ă©curies immenses au dehors... Tous contrepoints aux obsessions de la MĂ©nade – Ă  sa dĂ©mesure, Ă  ce cĂŽtĂ© inspirĂ©, ou mieux, Ă  son caractĂšre de « femme possĂ©dĂ©e », comme le dit justement le mot MĂ©nade, son goĂ»t immodĂ©rĂ© du vin, son physique presque animal, cette maniĂšre qu’elle a de courir pieds nus, habitant les bois, les arbres, le bord des lacs, son rapport animal au corps – du dĂ©goĂ»t assez souvent – Ă  son propre corps, Ă  celui des autres, aux bĂȘtes, vivant une sorte de « devenir animal », comme dirait Deleuze, mais sans jamais trouver le pli oĂč s’abriter : en fuite, au contraire, toujours vers le dehors, le grand ouvert ...

L’écriture de Cosnay trouve dans cet environnement la meilleure chance de satisfaire Ă  sa pente naturelle : Ă  la fois l’éclatement de la forme en brĂšves sĂ©quences discontinues...

Noces de Mantoue - Marie Cosnay

By Marie Cosnay

Release Date: 2012-02-12

Genre: Fiction & Literature

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Texte Ă©trange que ce livre de Marie Cosnay - on attire l’attention sur cette Ă©trangetĂ© en suggĂ©rant entre parenthĂšses qu’il pourrait s’agir d’un « (conte) » - texte fou, aimerais-je dire, au sens oĂč une folie divine, de celles qui inspiraient les suivantes de Dionysos, anime l’hĂ©roĂŻne d’un rĂ©cit Ă©clatĂ© et fragmentaire dont toute la force insolite vient prĂ©cisĂ©ment de son inachĂšvement comme aussi du caractĂšre onirique de la plupart des situations et des actes qui le traversent.

Cette hĂ©roĂŻne n’a pas de nom, elle est « elle » ; souvent elle est prĂ©sentĂ©e du point de vue de ceux qu’elle croise, qui l’escortent, qu’elle aime dans de fugitives Ă©treintes, ou qui la pourchassent ; mais aussi on l’entend souvent parler en son nom, parler ses rĂȘves, ses angoisses, lĂącher par bribes des lambeaux d’une histoire tragique qui l’obsĂšde.

Elle n’a pas de nom, certes, et pourtant, au tournant d’une phrase [2], l’air de rien, elle est dite « la folle, la MĂ©nade, courant les collines, la rĂ©gion ».
La rĂ©fĂ©rence mythologique, si frĂ©quente chez Cosnay, que les tragiques grecs, qu’elle traduit, hante toujours, apparente bien la fugitive aux Bacchantes, aux suivantes de Dionysos.

Et pourtant il y a bien un ancrage dans le rĂ©el, un effet de rĂ©el, dans ce livre qui suit longtemps la voie conforme d’un roman policier, avec cadavres mutilĂ©s, recherches d’indices, commissaire de police, doutes et errance d’une enquĂȘte qui n’aboutit pas, dont la coupable prĂ©sumĂ©e est la MĂ©nade, qui toujours Ă©chappe ; il donne des dates, inscrit le rĂ©cit dans le temps, le nĂŽtre, entre 2007 et 2008, prĂ©cise les lieux, le Palais du TĂ©, les environs de Mantoue, les Alpes proches qu’il a fallu traverser, les lacs, donne des noms propres aux autres acteurs de l’histoire...

Il y a bien aussi un passĂ© du personnage, des drames, de ceux que seule une famille peut inventer, incestes, prostitution, tout cet « impardonnĂ© impardonnable » [3] qui fonde les interdits et les nĂ©vroses et sans doute aussi la malĂ©diction, « combien de haines l’une aprĂšs l’autre calculĂ©es(...), pour en arriver lĂ  – une famille en somme. » [4] Ces thĂšmes sont rĂ©currents dans les livres de Cosnay.

Cela dit, ces marqueurs banals d’une enquĂȘte policiĂšre, ces quelques clĂ©s discrĂštes pour une « psychologie » de l’hĂ©roĂŻne n’auraient pas de vĂ©ritable intĂ©rĂȘt hors de la dimension fantastique qui donne au livre son identitĂ©, sa vraie saveur : les lieux eux-mĂȘmes du reste sont pleins d’étrangetĂ© et d’énigmes, ne serait-ce que ce Palais du TĂ© sur lequel travaille, comme architecte, Remi, l’amant, l’ami, le plus fidĂšle ; palais construit au dĂ©but du 16Ăšme siĂšcle sur l’üle Tejeto, au milieu d’un lac, avec ses fresques aux scĂšnes mythologiques (banquet olympien, salle des gĂ©ants, des chevaux), et ses grottes, ses Ă©curies immenses au dehors... Tous contrepoints aux obsessions de la MĂ©nade – Ă  sa dĂ©mesure, Ă  ce cĂŽtĂ© inspirĂ©, ou mieux, Ă  son caractĂšre de « femme possĂ©dĂ©e », comme le dit justement le mot MĂ©nade, son goĂ»t immodĂ©rĂ© du vin, son physique presque animal, cette maniĂšre qu’elle a de courir pieds nus, habitant les bois, les arbres, le bord des lacs, son rapport animal au corps – du dĂ©goĂ»t assez souvent – Ă  son propre corps, Ă  celui des autres, aux bĂȘtes, vivant une sorte de « devenir animal », comme dirait Deleuze, mais sans jamais trouver le pli oĂč s’abriter : en fuite, au contraire, toujours vers le dehors, le grand ouvert ...

L’écriture de Cosnay trouve dans cet environnement la meilleure chance de satisfaire Ă  sa pente naturelle : Ă  la fois l’éclatement de la forme en brĂšves sĂ©quences discontinues...

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