Ătoile du Croissant fertile situĂ©e sur lâEuphrate Ă deux cents kilomĂštres Ă lâEst dâAlep, Raqqa est une ville de contact entre le monde des pasteurs nomades, le monde des sĂ©dentaires et celui des citadins. SixiĂšme ville de Syrie en 2009, avec environ 250 000 habitants, son essor fut considĂ©rable au dĂ©but des annĂ©es 1970 en tant que centre administratif du Projet de lâEuphrate, qui fut le principal projet de dĂ©veloppement de la Syrie baathiste pendant vingt ans. Trois barrages, une ville nouvelle et quinze fermes dâĂtat furent construits, drainant vers le gouvernorat de Raqqa des milliers de fonctionnaires, dâouvriers et dâingĂ©nieurs, syriens et Ă©trangers, qui y introduisirent de nouvelles pratiques sociales. Dans le mĂȘme temps, Raqqa fut transformĂ©e en vitrine du dĂ©veloppement urbain baathiste avec places de parades, jardins, bĂątiments officiels, statues et rhĂ©torique cĂ©lĂ©brant le renouveau de la gloire abbasside de cette ville qui fut la capitale Ă©phĂ©mĂšre du calife Haroun al-Rachid. Le double essor administratif et dĂ©mographique de Raqqa a profondĂ©ment modifiĂ© les rapports de pouvoir entre les membres des anciennes familles citadines, les fonctionnaires issus des anciennes tribus semi-nomades, et les groupes de migrants nouvellement installĂ©s dans la ville. Une vĂ©ritable revanche sociale sâest produite au profit de petits propriĂ©taires devenus membres du Parti Baath qui ont eu accĂšs aux principaux postes administratifs du gouvernorat. Mais les anciens citadins ont pu conserver les bases de leur pouvoir Ă©conomique, tout en dĂ©ployant leurs propres discours identitaires autonomes et leurs pratiques de sociabilitĂ© spĂ©cifiques (rĂ©union en madĂąfa, visite aux tombeaux des saints de la ville bien que ces derniers aient Ă©tĂ© transformĂ©s en mausolĂ©es chiites). Raqqa constitue ainsi un poste idĂ©al dâobservation des mutations de la Syrie contemporaine du fait de lâampleur des bouleversements quâelle a connus depuis un demi-siĂšcle, et qui sâaccĂ©lĂšrent avec les rĂ©formes introduites par le nouveau prĂ©sident syrien Ă partir de 2000 (dĂ©mantĂšlement des fermes dâĂtat, encouragement Ă lâinvestissement Ă©tranger), qui visent Ă faire du Nord-Est syrien un nouvel eldorado du dĂ©veloppement privĂ©.
Ătoile du Croissant fertile situĂ©e sur lâEuphrate Ă deux cents kilomĂštres Ă lâEst dâAlep, Raqqa est une ville de contact entre le monde des pasteurs nomades, le monde des sĂ©dentaires et celui des citadins. SixiĂšme ville de Syrie en 2009, avec environ 250 000 habitants, son essor fut considĂ©rable au dĂ©but des annĂ©es 1970 en tant que centre administratif du Projet de lâEuphrate, qui fut le principal projet de dĂ©veloppement de la Syrie baathiste pendant vingt ans. Trois barrages, une ville nouvelle et quinze fermes dâĂtat furent construits, drainant vers le gouvernorat de Raqqa des milliers de fonctionnaires, dâouvriers et dâingĂ©nieurs, syriens et Ă©trangers, qui y introduisirent de nouvelles pratiques sociales. Dans le mĂȘme temps, Raqqa fut transformĂ©e en vitrine du dĂ©veloppement urbain baathiste avec places de parades, jardins, bĂątiments officiels, statues et rhĂ©torique cĂ©lĂ©brant le renouveau de la gloire abbasside de cette ville qui fut la capitale Ă©phĂ©mĂšre du calife Haroun al-Rachid. Le double essor administratif et dĂ©mographique de Raqqa a profondĂ©ment modifiĂ© les rapports de pouvoir entre les membres des anciennes familles citadines, les fonctionnaires issus des anciennes tribus semi-nomades, et les groupes de migrants nouvellement installĂ©s dans la ville. Une vĂ©ritable revanche sociale sâest produite au profit de petits propriĂ©taires devenus membres du Parti Baath qui ont eu accĂšs aux principaux postes administratifs du gouvernorat. Mais les anciens citadins ont pu conserver les bases de leur pouvoir Ă©conomique, tout en dĂ©ployant leurs propres discours identitaires autonomes et leurs pratiques de sociabilitĂ© spĂ©cifiques (rĂ©union en madĂąfa, visite aux tombeaux des saints de la ville bien que ces derniers aient Ă©tĂ© transformĂ©s en mausolĂ©es chiites). Raqqa constitue ainsi un poste idĂ©al dâobservation des mutations de la Syrie contemporaine du fait de lâampleur des bouleversements quâelle a connus depuis un demi-siĂšcle, et qui sâaccĂ©lĂšrent avec les rĂ©formes introduites par le nouveau prĂ©sident syrien Ă partir de 2000 (dĂ©mantĂšlement des fermes dâĂtat, encouragement Ă lâinvestissement Ă©tranger), qui visent Ă faire du Nord-Est syrien un nouvel eldorado du dĂ©veloppement privĂ©.