Trieste - Jan Morris

By Jan Morris

Release Date: 2018-05-04

Genre: Biographies & Memoirs

(0 ratings)
Un portrait dĂ©licat de la citĂ© de l’Adriatique, carrefour sĂ©culaire des tumultes de l’histoire europĂ©enne.

L’écrivain britannique Jan Morris a dĂ©couvert Trieste comme soldat en 1945, et cette ville n’a cessĂ© depuis de la hanter. Maintes fois bousculĂ©e par les remous de l’histoire, Trieste incarne la prĂ©caritĂ© des frontiĂšres, la finitude des empires et s’est affirmĂ©e depuis des siĂšcles comme un havre pour les exilĂ©s, cĂ©lĂšbres ou anonymes. Évoquant l’histoire, l’art, la littĂ©rature ou l’architecture, Jan Morris esquisse dans ces pages un tableau Ă©lĂ©gant et teintĂ© de mĂ©lancolie de la grande citĂ© portuaire des Habsbourg, Ă©prouvĂ©e par les annĂ©es noires du fascisme et le glacis du rideau de fer. La Trieste d’aujourd’hui, cosmopolite et frĂ©missante, Ă  la fois latine, slave et germanique, reste une mĂ©taphore de l’histoire troublĂ©e de notre continent.

Plongez dans un tableau élégant et teinté de mélancolie de la grande cité portuaire des Habsbourg !

EXTRAIT

Il y eut un temps oĂč j’avais coutume de dire que si j’étais juive, je serais certainement sioniste. J’avais servi en Palestine sous mandat britannique et j’avais alors pensĂ© que c’était les Arabes, pas les Juifs, qui en bavaient ; mais voir la jeune armĂ©e israĂ©lienne dĂ©ferler dans le SinaĂŻ lors de la premiĂšre de ses guerres m’emplit de sympathie romanesque pour le petit État. Plus tard, je changeai Ă  nouveau d’avis et compris que les Juifs que j’admirais le plus Ă©taient ceux de la diaspora qui n’avaient pas abandonnĂ© la fiertĂ© de leur origine et restaient Ă©troitement liĂ©s par l’histoire et la culture, par un amour des mots, de la musique et du dĂ©bat, mais qui Ă©taient par essence des citoyens du monde, supranationaux, extraterritoriaux. C’est leur esprit, diffus mais rĂ©manent, tel un gĂšne de chromosome, qui me fait voir Trieste encore comme une ville juive. D’ailleurs, les Juifs restent encore dans les parages. L’essentiel de leur vieux ghetto, dans le quartier de la Piazza UnitĂ , a fait les frais des transformations municipales, mais ce qui en reste, comme dans bien des anciens ghettos d’Europe, est devenu plutĂŽt tendance. Les excellentes librairies, les antiquaires, les marchands d’art et les restaurateurs abondent et il y a un marchĂ© aux puces le dimanche. Via del Monte, la synagogue des migrants abrite un musĂ©e juif, dirigĂ© par un rabbin de la grande synagogue et il y a une Ă©cole juive Ă  cĂŽtĂ©. Ici et lĂ , cependant, des rues mĂ©diĂ©vales abandonnĂ©es subsistent, dans l’attente de la dĂ©molition, et leurs hautes maisons vides Ă  volets clos, leurs lampes, chaĂźnes, cadenas et chats errants rappellent des Ă©poques plus cruelles. L’autre jour encore, dans le mĂȘme quartier du ghetto, j’ai vu trois musiciens ambulants en loques chassĂ©s par la police et, en les regardant fermer leurs Ă©tuis, fourrer leurs instruments sous le bras et partir d’un pas traĂźnant vers le front de mer, je songeai qu’ils ressemblaient vraiment aux malheureux Juifs d’antan poussĂ©s comme du bĂ©tail dans les wagons.

A PROPOS DE L'AUTEUR

NĂ©e en 1926, Jan Morris est l’un des plus cĂ©lĂšbres Ă©crivains de voyage de langue anglaise. Elle est l'auteur de Pax Britannica, une histoire de l’empire britannique, et de dĂ©licats portraits de Venise, Trieste, Oxford, New York ou Hong Kong. Elle vĂ©cut et Ă©crivit sous son nom James Morris jusqu’en 1972, annĂ©e oĂč elle a changĂ© de sexe.

Trieste - Jan Morris

By Jan Morris

Release Date: 2018-05-04

Genre: Biographies & Memoirs

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Un portrait dĂ©licat de la citĂ© de l’Adriatique, carrefour sĂ©culaire des tumultes de l’histoire europĂ©enne.

L’écrivain britannique Jan Morris a dĂ©couvert Trieste comme soldat en 1945, et cette ville n’a cessĂ© depuis de la hanter. Maintes fois bousculĂ©e par les remous de l’histoire, Trieste incarne la prĂ©caritĂ© des frontiĂšres, la finitude des empires et s’est affirmĂ©e depuis des siĂšcles comme un havre pour les exilĂ©s, cĂ©lĂšbres ou anonymes. Évoquant l’histoire, l’art, la littĂ©rature ou l’architecture, Jan Morris esquisse dans ces pages un tableau Ă©lĂ©gant et teintĂ© de mĂ©lancolie de la grande citĂ© portuaire des Habsbourg, Ă©prouvĂ©e par les annĂ©es noires du fascisme et le glacis du rideau de fer. La Trieste d’aujourd’hui, cosmopolite et frĂ©missante, Ă  la fois latine, slave et germanique, reste une mĂ©taphore de l’histoire troublĂ©e de notre continent.

Plongez dans un tableau élégant et teinté de mélancolie de la grande cité portuaire des Habsbourg !

EXTRAIT

Il y eut un temps oĂč j’avais coutume de dire que si j’étais juive, je serais certainement sioniste. J’avais servi en Palestine sous mandat britannique et j’avais alors pensĂ© que c’était les Arabes, pas les Juifs, qui en bavaient ; mais voir la jeune armĂ©e israĂ©lienne dĂ©ferler dans le SinaĂŻ lors de la premiĂšre de ses guerres m’emplit de sympathie romanesque pour le petit État. Plus tard, je changeai Ă  nouveau d’avis et compris que les Juifs que j’admirais le plus Ă©taient ceux de la diaspora qui n’avaient pas abandonnĂ© la fiertĂ© de leur origine et restaient Ă©troitement liĂ©s par l’histoire et la culture, par un amour des mots, de la musique et du dĂ©bat, mais qui Ă©taient par essence des citoyens du monde, supranationaux, extraterritoriaux. C’est leur esprit, diffus mais rĂ©manent, tel un gĂšne de chromosome, qui me fait voir Trieste encore comme une ville juive. D’ailleurs, les Juifs restent encore dans les parages. L’essentiel de leur vieux ghetto, dans le quartier de la Piazza UnitĂ , a fait les frais des transformations municipales, mais ce qui en reste, comme dans bien des anciens ghettos d’Europe, est devenu plutĂŽt tendance. Les excellentes librairies, les antiquaires, les marchands d’art et les restaurateurs abondent et il y a un marchĂ© aux puces le dimanche. Via del Monte, la synagogue des migrants abrite un musĂ©e juif, dirigĂ© par un rabbin de la grande synagogue et il y a une Ă©cole juive Ă  cĂŽtĂ©. Ici et lĂ , cependant, des rues mĂ©diĂ©vales abandonnĂ©es subsistent, dans l’attente de la dĂ©molition, et leurs hautes maisons vides Ă  volets clos, leurs lampes, chaĂźnes, cadenas et chats errants rappellent des Ă©poques plus cruelles. L’autre jour encore, dans le mĂȘme quartier du ghetto, j’ai vu trois musiciens ambulants en loques chassĂ©s par la police et, en les regardant fermer leurs Ă©tuis, fourrer leurs instruments sous le bras et partir d’un pas traĂźnant vers le front de mer, je songeai qu’ils ressemblaient vraiment aux malheureux Juifs d’antan poussĂ©s comme du bĂ©tail dans les wagons.

A PROPOS DE L'AUTEUR

NĂ©e en 1926, Jan Morris est l’un des plus cĂ©lĂšbres Ă©crivains de voyage de langue anglaise. Elle est l'auteur de Pax Britannica, une histoire de l’empire britannique, et de dĂ©licats portraits de Venise, Trieste, Oxford, New York ou Hong Kong. Elle vĂ©cut et Ă©crivit sous son nom James Morris jusqu’en 1972, annĂ©e oĂč elle a changĂ© de sexe.

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