Il suffit dâun geste, le geste des dames de la nuit : bras demi-tendu. main levĂ©e et lâindex qui dit « viens ». Ou, plus luxueux, dĂ©modĂ©, les parades dâautrefois dans les villes assoupies : ce soir grand spectacle international. Enfants, militaires et femmes seules, demi-tarif. Alors voilĂ : Dubrieu est une merveille. La merveille des mots qui roulent et grondent, des trouvailles Ă lâĂ©talage, des bonheurs en cascade, des gĂ©nĂ©rositĂ©s dont on ne fait pas rente. Merveille des personnages que tout Ă©crase et qui se redressent assez pour marcher encore, merveille des enfants qui savent rire dans les ruines parce que quelquâun les protĂšge au loin. Merveille que ce lutteur sans relĂąche, vrais et faux combats mĂȘlĂ©s. Certes, la merveille Dubrieu est inconfortable. RĂąleuse, vitupĂ©rante. Il en fait « trop », comme disent ceux qui nâont jamais commencĂ© Ă faire. Il est injuste, lui le fou de justice. Il condamne, lui le malade de liberté⊠Avec un rien de rabot, deux doigts de laque, il aurait facilement la « une » de la presse et la considĂ©ration de sa banque. Mais Ă la devise de lâĂ©poque (« habile trop habile »), il a prĂ©fĂ©rĂ© lâapostrophe hautaine : humain trop humain. Tel est Dubrieu la merveille. La preuve, les pages qui suivent. Erik Orsenna
Il suffit dâun geste, le geste des dames de la nuit : bras demi-tendu. main levĂ©e et lâindex qui dit « viens ». Ou, plus luxueux, dĂ©modĂ©, les parades dâautrefois dans les villes assoupies : ce soir grand spectacle international. Enfants, militaires et femmes seules, demi-tarif. Alors voilĂ : Dubrieu est une merveille. La merveille des mots qui roulent et grondent, des trouvailles Ă lâĂ©talage, des bonheurs en cascade, des gĂ©nĂ©rositĂ©s dont on ne fait pas rente. Merveille des personnages que tout Ă©crase et qui se redressent assez pour marcher encore, merveille des enfants qui savent rire dans les ruines parce que quelquâun les protĂšge au loin. Merveille que ce lutteur sans relĂąche, vrais et faux combats mĂȘlĂ©s. Certes, la merveille Dubrieu est inconfortable. RĂąleuse, vitupĂ©rante. Il en fait « trop », comme disent ceux qui nâont jamais commencĂ© Ă faire. Il est injuste, lui le fou de justice. Il condamne, lui le malade de liberté⊠Avec un rien de rabot, deux doigts de laque, il aurait facilement la « une » de la presse et la considĂ©ration de sa banque. Mais Ă la devise de lâĂ©poque (« habile trop habile »), il a prĂ©fĂ©rĂ© lâapostrophe hautaine : humain trop humain. Tel est Dubrieu la merveille. La preuve, les pages qui suivent. Erik Orsenna