Edmond de Goncourt (1822-1896) Jules de Goncourt (1830-1870) "Quarante scudi ?â Oui, signora. â Cela fait, nâest-ce pas, en monnaie de France, deux cents francs ? â Deux cents francs ?... fit la Romaine qui montrait lâappartement Ă lâĂ©trangĂšre : elle parut chercher, compter dans sa tĂȘte. â Oui, oui... deux cents francs. Mais la signora nâa pas bien vu..." Et, jetant son chĂąle brusquement sur un lit dĂ©fait, elle se mit Ă marcher de chambre en chambre, avec de vives ondulations de taille, en parlant avec la volubilitĂ© dâune padrona de chambres meublĂ©es : "Voyez-vous, ils sont partis ce matin... Une famille anglaise... des gens malpropres, qui jetaient de lâeau partout... Tout est en dĂ©sordre... On nâa pas eu le temps de rien ranger..." Mais lâĂ©trangĂšre nâĂ©coutait pas : elle sâĂ©tait arrĂȘtĂ©e devant une fenĂȘtre avec lâenfant quâelle avait Ă la main et qui se tenait dans sa robe, et elle lui montrait ce quâon voyait de lĂ , la place dâEspagne et lâescalier de la TrinitĂ©-du-Mont. Puis elle lui demanda : "Pierre-Charles, veux-tu rester ici ?" Madame Gervaisais se rend Ă Rome avec son fils Pierre-Charles qui est malade. LĂ , elle se convertit tout doucement Ă un catholicisme des plus mystiques et des plus durs qui la fait se dĂ©sintĂ©resser de tout, y compris sa santĂ© et de son fils...
Edmond de Goncourt (1822-1896) Jules de Goncourt (1830-1870) "Quarante scudi ?â Oui, signora. â Cela fait, nâest-ce pas, en monnaie de France, deux cents francs ? â Deux cents francs ?... fit la Romaine qui montrait lâappartement Ă lâĂ©trangĂšre : elle parut chercher, compter dans sa tĂȘte. â Oui, oui... deux cents francs. Mais la signora nâa pas bien vu..." Et, jetant son chĂąle brusquement sur un lit dĂ©fait, elle se mit Ă marcher de chambre en chambre, avec de vives ondulations de taille, en parlant avec la volubilitĂ© dâune padrona de chambres meublĂ©es : "Voyez-vous, ils sont partis ce matin... Une famille anglaise... des gens malpropres, qui jetaient de lâeau partout... Tout est en dĂ©sordre... On nâa pas eu le temps de rien ranger..." Mais lâĂ©trangĂšre nâĂ©coutait pas : elle sâĂ©tait arrĂȘtĂ©e devant une fenĂȘtre avec lâenfant quâelle avait Ă la main et qui se tenait dans sa robe, et elle lui montrait ce quâon voyait de lĂ , la place dâEspagne et lâescalier de la TrinitĂ©-du-Mont. Puis elle lui demanda : "Pierre-Charles, veux-tu rester ici ?" Madame Gervaisais se rend Ă Rome avec son fils Pierre-Charles qui est malade. LĂ , elle se convertit tout doucement Ă un catholicisme des plus mystiques et des plus durs qui la fait se dĂ©sintĂ©resser de tout, y compris sa santĂ© et de son fils...